{"id":220,"date":"2025-06-07T17:04:54","date_gmt":"2025-06-07T17:04:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/?p=220"},"modified":"2025-08-22T08:45:28","modified_gmt":"2025-08-22T08:45:28","slug":"rene-de-roys-chapitre-iv-le-deporte-premiere-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/?p=220","title":{"rendered":"Ren\u00e9 de Roys &#8211; Chapitre IV &#8211; Le D\u00e9port\u00e9 &#8211; Premiere partie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>I\u00b0 partie \u00ab\u00a0de Fresnes \u00e0 Dora\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>15 ao\u00fbt 1944 : D\u00e9part de Fresnes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En montant dans la voiture du major allemand, qui attend moteur en marche au pied de l\u2019escalier de Saint Ange, le marquis de Roys, sa l\u00e9g\u00e8re valise de cuir \u00e0 la main, sa canne de l\u2019autre, s\u2019il ne sait pas o\u00f9 il va \u00eatre conduit, sait que tout commencera par un interrogatoire. Il y a r\u00e9fl\u00e9chi depuis longtemps, et s\u2019il redoute ces moments, il est pr\u00eat. En grand chr\u00e9tien qu\u2019il est, il a demand\u00e9 demander \u00e0 Dieu et \u00e0 la Vierge Marie, le courage et la vertu n\u00e9cessaires pour passer cette \u00e9preuve. L\u2019automobile s\u2019\u00e9lance, descend lentement l\u2019all\u00e9e de pav\u00e9s, franchit la grille,o\u00f9 elle retrouve les camions o\u00f9 la troupe s\u2019est regroup\u00e9e,auxquels elle donne le signal du retour et s\u2019\u00e9loigne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien n\u2019a pu \u00eatre ensuite formellement \u00e9tabli aujourd\u2019hui malgr\u00e9 certains t\u00e9moignages indirects, souvent partiels ou contradictoires des heures qui se succ\u00e8dent et vont suivre. Nous ne pouvons que pr\u00e9sumer du nom du major allemand qui a dirig\u00e9 l\u2019arrestation, vraisemblablement le Major B\u00fcge du S.D de Melun. La seule certitude \u00e9tant que ce n\u2019\u00e9tait pas Korff, le boucher de la Brosse Montceaux ; On sait cependant qu\u2019il n\u2019est pas conduit \u00e0 la prison de Fontainebleau, sinon le livre d\u2019\u00e9crou qui a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9, l\u2019aurait inscrit dans sa rubrique \u00ab entr\u00e9e \u00bb puis \u00ab sortie \u00bb, de m\u00eame pour le si\u00e8ge de la Kommandantur de Melun. A-t-il \u00e9t\u00e9 conduit directement \u00e0 Fresnes,cela parait improbable. C\u2019est donc tr\u00e8s certainement \u00e0 la Gestapo de l\u2019Avenue Foch ou \u00e0 celle de la rue Lauriston. Mais aucun document d\u00e9finitif n\u2019a pu l\u2019\u00e9tablir ,ni surtout \u00e9tablir comment s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 cet interrogatoire,s\u2019il a \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9, et combien de temps il y est rest\u00e9 dans cette situation,avant que d\u2019\u00eatre conduit \u00e0 la prison de Fresnes. Malgr\u00e9 le peu d\u2018effectif qu\u2019ils y consacraient,le S.D. allemand de Seine et Marne \u00e9tait particuli\u00e8rement bien renseign\u00e9 sur la R\u00e9sistance et ceux qui en faisaient partie. La d\u00e9lation n\u2019avait h\u00e9las gu\u00e8re besoin d\u2019\u00eatre encourag\u00e9e, elle avait \u00e9t\u00e9 quotidienne et syst\u00e9matique,pas une ville, peu de village y auront \u00e9chapp\u00e9. Si bien que ce qui int\u00e9ressait les allemands en ce mois d\u2019ao\u00fbt 1944, alors que les alli\u00e9s n\u2019\u00e9taient qu\u2019\u00e0 quelques kilom\u00e8tres, c\u2019\u00e9tait avant tout de savoir comment r\u00e9cup\u00e9rer les armes plus que tout autre sujet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il va donc se passer 12 jours entre le d\u00e9part au petit matin du 3 ao\u00fbt et le d\u00e9part de Fresnes du 15 ao\u00fbt 1944,sur lesquels,nous ne savons quasiment rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au petit matin de ce 15 ao\u00fbt,les lourdes grilles puis les portes de la prison de Fresnes claquent faisant tout r\u00e9sonner dans ses longs couloirs de pierre, bruits tra\u00eenards des sabots de certains d\u00e9tenus, bruits lourds des galoches des gardiens, bruits raides des bottes des soldats allemands. Les d\u00e9tenus sont particuli\u00e8rement nerveux sinon angoiss\u00e9s comme s\u2019ils pressentaient quelque choses d\u2019effrayant. Certains chantent, d\u2019autres hurlent,d\u2019autres enfin sont prostr\u00e9s, attendant \u00e0 chaque instant d\u2019\u00eatre fusill\u00e9s, d\u2019autant que des coups de feu s\u2019entendant \u00e0 proximit\u00e9 de la prison. De l\u2019insulte et l\u2019invective \u00e0 la supplication ,des pleurs de l\u2019angoisse \u00e0 la crise de nerfs,de l\u2019autorit\u00e9 naturelle de ceux qui se r\u00e9v\u00e8lent des chefs, \u00e0 la silencieuse pri\u00e8re chr\u00e9tienne, tout le cort\u00e8ge des comportements s\u2019exprime en d\u00e9sordre et en une infinie diversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le capitaine de Roys est parvenu \u00e0 \u00e9tablir et \u00e0 organiser un petit groupe avec des camarades d\u2019autres cellules. Ensembles, ils tiennent \u00e0 montrer l\u2019exemple. ils sont quatre qui ne vont plus se quitter jusqu\u2019\u00e0 la destination finale : Un normand devenu savoyard, le commandant de r\u00e9serve Emile Roudey qui est quasiment du m\u00eame \u00e2ge, n\u00e9 en septembre 1898 \u00e0 Louviers, un parisien un peu plus jeune Pierre Rolandey qui aura 41 ans dans dix jours, enfin le \u00ab petit jeune \u00bb, le gamin , le nivernais Georges Reynaud qui vient tout juste de f\u00eater ses 21 ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut attendre midi, la chaleur forte qui s\u2019est \u00e9tablie dans les b\u00e2timents, pour que l\u2019ordre soit donn\u00e9 de sortir des cellules et de regrouper le prisonniers dans la cour. Un alignement de camions, b\u00e2ch\u00e9s ou d\u00e9b\u00e2ch\u00e9s avec leurs ridelles en bois va encadrer les autobus r\u00e9quisitionn\u00e9s qui attendent,moteur en marche. Sur tous le pourtour des quatre coins de l\u2019espace,des fusils mitrailleurs braqu\u00e9s depuis la porte de sortie du b\u00e2timent accompagnent le trajet des prisonniers jusqu\u2019aux v\u00e9hicules. Celles des femmes qui sont rest\u00e9es dans la prison chantent la Marseillaise pour accompagner les hommes qui partent<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faudra plus d\u2019une heure pour que le convoi soit enfin pr\u00eat au d\u00e9part .Le capitaine de Roys assis sur la banquette d\u2019un autobus parisien avec ses 4 compagnons, en profite pour prendre son stylo plume qu\u2019il a pu encore conserver ,et de sa belle \u00e9criture \u00e9nergique, il va \u00e9crire un dernier message, concis,clair, exhaustif. Il sait, en pleine confiance, qu\u2019il pourra le faire parvenir par quelqu\u2019un lors du trajet vers cette destination qu\u2019ils ignorent encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>\u00ab 15.08.44<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Envoyer ce mot<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Geoffroy &#8211; 3 rue de l\u2019Universit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Paris<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Comm. ROLANDEY, 22 bis Avenue Bertholet, Annecy<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>ROULEY,Emile,17 Impasse Saint Germain, Louviers Eure<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>RAYNAUD Georges 15 rue de la Com\u00e8te 7\u00b0<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Ren\u00e9 de ROYS !<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Quittent la prison de Fresnes pour destination encore inconnue<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Mais pleins d\u2019espoir<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Moral superbe<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>R.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Merci !<\/em><\/strong> <strong><em>\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi ne pas avoir un excellent moral, lorsque l\u2019on sait que les am\u00e9ricains sont quasiment arriv\u00e9s, \u00e9clair\u00e9s par la R\u00e9sistance aux portes de Paris. \u00ab Radio Fresnes \u00bb, la rumeur qui circule en permanence dans la prison, a m\u00eame confirm\u00e9 en ce matin du 15 ao\u00fbt 1944 que les am\u00e9ricains ont franchi la Seine, et ne sont plus qu\u2019a quelques dizaines de kilom\u00e8tres. D\u00e8s lors o\u00f9 les allemands ne massacrent pas les prisonniers, la lib\u00e9ration est proche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les allemands, ce ne sont plus les vieux soldats qui r\u00e9glaient le quotidien de la prison, particuli\u00e8rement nerveux et f\u00e9briles ont sorti leurs matraques. Ils invectivent sans cesse, hurlent, frappent \u00e0 coups de crosses ceux qui n\u2019obtemp\u00e8rent pas assez vite, comme si toute cette violence, tout ce bruit allait organiser plus rapidement la mise en place. Enfin, alors qu\u2019un soleil de plomb est tomb\u00e9 sur la cour de Fresnes, la lourde porte de la prison est ouverte et le convoi peut s\u2019\u00e9branler lentement, camions et autobus s\u2019alternant, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s ou suivis de leurs v\u00e9hicules d\u2019accompagnement, voitures, motos, side-car.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans chaque autobus, au plus trois SS l\u2019arme \u00e0 la bretelle debout sur la plate- forme regardent indiff\u00e9rents ; Quelle cible facile, si la R\u00e9sistance voulait attaquer. !! Tr\u00e8s certainement, chacun doit en r\u00eaver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La banlieue est travers\u00e9e. Le convoi arrive \u00e0 faible vitesse \u00e0 la porte d\u2019Orl\u00e9ans, traverse Paris par l\u2019Observatoire, le boulevard Saint Michel, au bas duquel il s\u2019arr\u00eate un instant pour se recaler avant de traverser la Seine. Les prisonniers peuvent alors observer les parisiens assis insouciants comme en vacances, aux terrasses de caf\u00e9s qui les regardent dans la stup\u00e9faction totale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Est-ce \u00e0 ce moment-l\u00e0 que signe sera fait \u00e0 un passant et le papier roul\u00e9 contenant le message du capitaine de Roys, jet\u00e9 avec adresse et ramass\u00e9. <strong><em>C\u2019est, ce sera son dernier message direct.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le convoi repart, traverse la Seine et remonte vers la gare de l\u2019Est pour enfin arriver \u00e0 la gare de Pantin la destination fix\u00e9e, o\u00f9 il s\u2019arr\u00eate lentement vers l\u2019arri\u00e8re de l\u2019esplanade d\u2019arriv\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les passagers souvent ankylos\u00e9s, leur valise \u00e0 la main descendent dans la pr\u00e9cipitation. Ils sont plac\u00e9s en colonne de trois ou de cinq. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 les soldats \u00e2g\u00e9s de la Wehrmacht, le fusil \u00e0 l\u2019\u00e9paule, de l\u2019autre la troupe SS, la matraque \u00e0 la main.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Compt\u00e9s et recompt\u00e9s, ils sont finalement regroup\u00e9s de long d\u2019un quai d\u2019embarquement au dernier loin de la gare des marchandises, l\u00e0 o\u00f9 les voies forment d\u00e9j\u00e0 une l\u00e9g\u00e8re courbe . Le train est l\u00e0 : 32 wagons \u00e0 bestiaux et une locomotive ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>A son avant et l\u2019arri\u00e8re des wagons plats portant des batteries de mitrailleuses et des aff\u00fbts anti- a\u00e9riens, ensuite un wagon \u00e0 passagers pour les gardiens et soldats allemands. Entre les deux les wagons de marchandises dits \u00ab 8 chevaux en long et 40 hommes \u00bb<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis approch\u00e9s du quai o\u00f9 les attendent les wagons \u00e0 bestiaux ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucun employ\u00e9 fran\u00e7ais dans l\u2019espace visible. Par de l\u00e0 les uniformes, les mitraillettes des SS et les fusils des soldats, ce sont des cheminots allemands reconnaissables \u00e0 leur costumes uniformes bleu et leur casquette plate frapp\u00e9 \u00e0 l\u2019insigne de la Reichbahn qui s\u2019affairent autour du convoi en cours de formation<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les prisonniers ignoraient bien s\u00fbr que des n\u00e9gociations \u00e9taient en cours entre le consul de Su\u00e8de Nordling et l\u2019autorit\u00e9 militaire allemande, pour att\u00e9nuer les brutalit\u00e9s et la sauvagerie des convois en esp\u00e9rant surtout pouvoir faire cesser enfin les convois vers l\u2019Allemagne. En ce 15 ao\u00fbt, elles n\u2019auront apport\u00e9 qu\u2019un seul r\u00e9sultat : Au lieu d\u2019\u00eatre entass\u00e9s \u00e0 plus de 120 ou 150 comme lors des pr\u00e9c\u00e9dents convois, les prisonniers, hommes et femmes s\u00e9par\u00e9es, seront environ 80 par wagon, ces fameux 8+40.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est quinze heures, l\u2019embarquement des prisonniers commence : Les 800 de Fresnes occupent les wagons au centre du convoi, ceux venus de Romainville sont arriv\u00e9s un peu avant \u00e0 la gare de Pantin, o\u00f9 ils ont retrouv\u00e9 quelques prisonniers venus de la prison du Cherche Midi<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les femmes de Fresnes et de Romainville seront regroup\u00e9es \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du quai en face des derniers wagons de queue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les wagons sont nus. Une m\u00e9diocre lucarne \u00e9claire le peu de paille qui recouvre les planches mal rabot\u00e9es du plancher. Pas de couverture bien s\u00fbr, pas de lavabos ni de toilettes, un bidon de t\u00f4le plac\u00e9 au centre fera office de tinette pour la dur\u00e9e du voyage. Et il r\u00e8gne d\u00e9j\u00e0 une chaleur \u00e9prouvante dans ces wagons. La chaleur s\u2019y est emmagasin\u00e9e, malgr\u00e9 la large porte coulissante largement ouverte. Peu apr\u00e8s 14 heures et une attente qui a paru interminable sur le quai, l\u2019ordre et donn\u00e9 d\u2019embarquer. C\u2019est alors une bousculade, car les prisonniers ont eu le temps de comprendre le nombre qu\u2019ils seraient, et c\u2019est \u00e0 qui sera le premier pour trouver une place \u00e0 l\u2019appui d\u2019une des 4 cloisons. Devant chaque porte rest\u00e9e ouverte, deux sentinelles allemandes montent une garde vigilante. Les prisonniers n\u2019ont encore rien bu depuis le d\u00e9part de leur cellule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi, un va et vient s\u2019organise : C\u2019est la Croix Rouge, avec ses infirmi\u00e8res souriantes portant le brassard blanc frapp\u00e9 de la croix rouge de leur fonction. Elles leur apportent d\u2019abord \u00e0 boire, puis chaque prisonnier re\u00e7oit alors une boule de pain et une boite de conserve. Ceux qui ont de la chance re\u00e7oivent en plus un colis individuel de trois kilos, qui contient confiture sucre, pain d\u2019\u00e9pice, cr\u00e8me de gruy\u00e8re. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi un autre train est organis\u00e9 sur une voie parall\u00e8le, o\u00f9 ils peuvent voir l\u2019embarquement de fran\u00e7ais de la Milice et de nombre de ces fameuses \u00ab souris grises \u00bb les auxiliaires de la Wehrmacht.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les portes des wagons vont rester ouvertes. Ceux qui leur font face commencent \u00e0 se fatiguer, mais ne peuvent ni s\u2019asseoir ni s\u2019adosser durablement autrement que sur un camarade. Le soir arrive, avec lui une certaine fra\u00eecheur. A la nuit tomb\u00e9e et avec elle une certaine angoisse va s\u2019\u00e9tablir. Le train est toujours immobile. A 23 heures trente l\u2019ordre est donn\u00e9 de fermer les portes des wagons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce mardi 15 ao\u00fbt 1944, il est 23 heures cinquante, le train s\u2019\u00e9branle, le convoi, celui qui sera plus tard baptis\u00e9 \u00ab le dernier convoi \u00bb charg\u00e9 des 2.400 d\u00e9tenus de la prison de Fresnes et du fort de Romainville est parti. Certains d\u00e9tenus verront encore les aiguilles de l\u2019horloge de la gare marquer minuit. Le convoi va rouler avec une extr\u00eame lenteur toute la nuit, avant qu\u2019il ne s\u2019arr\u00eate juste avant la lev\u00e9e du jour dans le tunnel de Nanteuil qui pr\u00e9c\u00e8de la d\u00e9partementale 402 et le pont ferroviaire de Nanteuil qui franchit la Marne entre Nanteuil et Sa\u00e2cy. C\u2019est encore la nuit. Dans le tunnel, o\u00f9 les allemands ont arr\u00eat\u00e9 le train \u00e0 dessein, puisque le convoi ne peut aller plus loin, c\u2019est une attente angoiss\u00e9e : Le pont ferroviaire de Nanteuil &#8211; sur &#8211; Marne, apr\u00e8s de nombreux bombardements est d\u00e9finitivement hors service apr\u00e8s le dernier du 8 ao\u00fbt, qui a d\u00e9truit le tablier mais surtout deux des arches de pierre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s une longue attente, la matin\u00e9e largement avanc\u00e9e, les allemands ouvrent les portes des wagons de t\u00eate, et font descendre sous bonne garde une premi\u00e8re partie des prisonniers, wagon par wagon. Ils les font sortir par l\u2019avant du tunnel. Attendant d\u00e9j\u00e0 sur le ballast, un nombre important de miliciens de civils allemands, et des \u00ab souris grise \u00bb s\u2019affairent autour de bagages et de caisses qu\u2019ils doivent descendre des wagons o\u00f9 se tenaient les allemands. Les SS et les soldats allemands intiment alors brutalement aux prisonniers fran\u00e7ais l\u2019ordre de porter \u00e0 bras tout cet attirail de caisses et de bagages, qui accompagnait leurs civils. Ce premier groupe de prisonniers va marcher plusieurs kilom\u00e8tres jusqu\u2019au pont routier de Nanteuil, qu\u2019ils vont traverser pour rejoindre la gare. Le train se remet alors en marche vers l\u2019arri\u00e8re et va refranchir le pont de Courcelles, puis s\u2019arr\u00eater. Tous les autres prisonniers restants en descendent. Ils occupent le ballast. Divis\u00e9s en trois groupes, ils vont passer la Marne par le pont de M\u00e9ry, o\u00f9 de la ils auront \u00e0 effectuer une marche d\u2019environ 6 kilom\u00e8tres vers la gare de Nanteuil Saacy o\u00f9 un autre train les attend. Certains profiteront de ce trajet pour tenter avec succ\u00e8s de s\u2019\u00e9vader, d\u2019autres seront repris. Des sc\u00e8nes terribles vont se produire, les prisonniers souvent faibles ou \u00e2g\u00e9s devant porter de lourdes caisses, alors qu\u2019ils n\u2019en avaient pas la force, d\u2019autre avaient peine \u00e0 marcher. Tout cela sans manger, sans boire, sauf si le hasard leur faisait rencontrer un villageois pr\u00eat \u00e0 prendre le risque de les r\u00e9conforter d\u2019un peu d\u2019eau ou d\u2019un morceau de pain ou de chocolat<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fusionn\u00e9 avec un autre train, le convoi repartira au soir et n\u2019arrivera \u00e0 Nancy qu\u2019au matin du 18 ao\u00fbt. Entre le transbordement de Nanteuil Saacy avec ses tentatives d\u2019\u00e9vasion sauvagement r\u00e9prim\u00e9es, les conditions abominables dans certains wagons, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une soixantaine de prisonniers qui vont laisser leur vie avant m\u00eame l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 destination.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>De la fronti\u00e8re \u00e0 L\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Buchenwald<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>19 ao\u00fbt 1944<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s Sarrebruck, Frankfort et Erfurt le train s\u2019arr\u00eate le 19 ao\u00fbt \u00e0 minuit en gare de Weimar, l\u2019ancienne capitale de la culture allemande celle de Cranach, de Goethe, de Schiller et de Czerny. Le convoi est alors divis\u00e9 : Les wagons qui transportaient les femmes sont d\u00e9coupl\u00e9s. Ils repartiront, d\u00e8s la fin de la man\u0153uvre, pour Ravensbruck, par Halle et Berlin : Ce seront les 665 femmes des matricules 57.000. Pendant cette courte man\u0153uvre, malgr\u00e9 ces journ\u00e9es de souffrance pass\u00e9es, wagon apr\u00e8s wagon les voix de femmes s\u2019\u00e9l\u00e8vent dans cette premi\u00e8re nuit allemande sans aucune \u00e9toile. Elles entonnent le chant des Adieux : <em>\u00ab Ce n\u2019est qu\u2019un au revoir mes fr\u00e8res\u2026 \u00bb<\/em> Extraordinaire situation d\u2019entendre toutes ces femmes, R\u00e9sistantes, militantes communistes, juives ou ath\u00e9es, reprendre toutes ensemble le vieux chant du scoutisme fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le train des hommes repart dans la nuit. 106 heures interminables de roulage et d\u2019arr\u00eats, de soif et de faim, de sommeil et de g\u00e8ne, d\u2019angoisse et d\u00e9j\u00e0 de mort se seront \u00e9coul\u00e9es lorsqu\u2019il arrive \u00e0 son terminus de Buchenwald dans le petit matin de ce bel \u00e9t\u00e9 thuringeois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un dernier craquement des freins qui crissent en se serrant, des sifflements hoquetant des jets de vapeur, une tr\u00e8s lente approche et il stoppe au milieu de la gare. Le silence est total, comme si un pressentiment s\u2019\u00e9tait empar\u00e9 des prisonniers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au petit matin du 20 ao\u00fbt 1944, les portes s\u2019ouvrent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le quai ce ne sont plus les m\u00eames soldats. Ce sont d\u2019abord les chiens, chiens loups mena\u00e7ants et f\u00e9roces tenus au pr\u00e8s par des laisses courtes. Les fusils ne sont port\u00e9s que pour distribuer des coups de crosse sans aucun avertissement. Les ordres sont donn\u00e9s forts et courts : \u00ab Heraus.. !! Linie.. !! \u00bb. Pas un seul des prisonniers ne va les contredire ou m\u00eame tenter de ne pas les suivre strictement. Les morts de cet interminable trajet, sont d\u00e9barqu\u00e9s des wagons et jet\u00e9s p\u00e8le m\u00eale sur la remorque d\u2019un camion qui attend, moteur tournant, et qui va prendre tr\u00e8s vite la route vers l\u2019ouest<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par wagons, wagon apr\u00e8s wagon, les hommes sont mis en colonne. Les gardes allemands avec leurs chiens s\u2019intercalent tous les cinquante prisonniers environ. Ils sont par deux, toujours deux par deux avec un chien, du d\u00e9but jusqu\u2019\u00e0 la queue de ce long cort\u00e8ge o\u00f9 l\u00e0, il y a un nombre plus important de gardes, pr\u00eats \u00e0 le remonter rapidement, si cela leur appara\u00eet n\u00e9cessaire. On peut enfin prendre la mesure qu\u2019il est compos\u00e9 de toute la diversit\u00e9 de la famille humaine : Des jeunes, des vieux, des tr\u00e8s jeunes des tr\u00e8s vieux, des bien habill\u00e9s, des pauvres bougres, des riches et des pauvres, des faibles, des solides, tous encombr\u00e9s de paquets, de valises et de sacs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est la travers\u00e9e de la sortie de la ville, o\u00f9 il y a encore des habitants, des enfants surtout, qui viennent l\u2019insulte \u00e0 la bouche, quand ils ne jettent pas des cailloux, des pommes de pin ou des morceaux de bois. Sur cette longue route droite pav\u00e9e, l\u2019ombre est donn\u00e9e par de magnifiques h\u00eatres pourpres, encore dans leur frondaison verte et jaune du plein \u00e9t\u00e9. La chauss\u00e9e est l\u00e9g\u00e8rement bomb\u00e9e comme le sont les routes de l\u2019\u00e9poque. Pass\u00e9s les premiers instants, les kilom\u00e8tres s\u2019ajoutant, c\u2019est pour un nombre significatif l\u2019effondrement. Beaucoup d\u00e9j\u00e0 n\u2019en peuvent plus. Ils tr\u00e9buchent, tombent, leurs voisins les encouragent, essayent de les aider, les rel\u00e8vent, mais ils sont imm\u00e9diatement stopp\u00e9s par la chiourme SS. Pour l\u2019exemple, les gardes attendent, comme en s\u2019amusant d\u2019un sport malsain, que les premiers prisonniers tombent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la colonne, pour d\u2019abord les faire reprendre par les chiens qui se jettent sur eux en mordant f\u00e9rocement, jusqu\u2019\u00e0 ce que leurs ma\u00eetres les arr\u00eatent. Les hommes terroris\u00e9s, ne comprenant pas encore dans quelle barbare situation ils sont, parviennent encore une fois, deux fois \u00e0 se relever, mais \u00e9puis\u00e9s quelques centaines de m\u00e8tres plus loin, s\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 maintenus par leurs voisins, et s\u2019ils tombent encore, ce sont alors les premiers coups de feu, de fusil, de mitraillette ou m\u00eame de pistolet ajust\u00e9 dans la t\u00eate si le malheureux est suffisamment proche de son tueur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019effroi saisit alors la colonne. Imm\u00e9diatement la plupart de ceux qui sont forts, de ceux qui sentent qui le sont et peuvent l\u2019\u00eatre, vont se mettre \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des faibles qu\u2019ils vont ainsi s\u2019efforcer de prot\u00e9ger. Et pourtant, la route est si belle, le temps magnifique, l\u2019air \u00e0 cette fra\u00eecheur des for\u00eats allemandes en \u00e9t\u00e9. Le capitaine de Roys aura-t-il alors pu savoir qu\u2019il refaisait le m\u00eame parcours que celui fait quelques mois plus t\u00f4t par son ami le docteur Eug\u00e8ne Moussoir et ses 76 ans\u2026. Moins de deux heures plus tard, alors que l\u2019immense majorit\u00e9 des prisonniers n\u2019avait encore jamais encore march\u00e9 ni \u00e0 ce rythme ni sur une telle distance, la troupe approche de l\u2019entr\u00e9e des b\u00e2timents du camp de Buchenwald<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De loin une grande fa\u00e7ade, b\u00e2timent en longueur avec en son centre le large porche d\u2019entr\u00e9e, impose. La hauteur de l\u2019Ettelsberg s\u2019allonge ici en un plateau qui domine la magnifique plaine d\u2019I\u00e9na, o\u00f9 Napol\u00e9on avait jadis battu l\u2019arm\u00e9e prussienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00ab Jedem das Seine \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>A chacun son d\u00fb<\/strong> est fi\u00e8rement inscrit sur le fronton du porche, qui d\u00e8s qu\u2019il est franchi, va transformer uniform\u00e9ment tous les prisonniers qu\u2019ils soient r\u00e9sistants, S.T.O, Juifs, droit commun ou autres, en \u00ab H\u00e4ftling \u00bb, en fran\u00e7ais des \u00ab d\u00e9tenus \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pass\u00e9s le porche, les 1654 fran\u00e7ais partis de Fresnes sont parqu\u00e9s sur l\u2019immense place d\u2019appel, o\u00f9 sans information ni subsistance ils vont attendre plusieurs heures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin fractionn\u00e9s en petits groupes, ils sont conduits \u00e0 un premier b\u00e2timent o\u00f9 les Schreiber, les d\u00e9tenus en charge de l\u2019administration, vont leur donner un num\u00e9ro matricule, \u00e0 partir duquel leur nom et pr\u00e9nom dispara\u00eetront et qu\u2019ils auront \u00e0 chaque injonction \u00e0 devoir clamer en langue allemande de mani\u00e8re compr\u00e9hensible<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils vont, vivre la premi\u00e8re d\u00e9couverte de l\u2019horreur, descendre le terrain assez pentu du camp entre les vastes rang\u00e9es blocks des d\u00e9tenus et les baraques des cr\u00e9matoires, vers un premier b\u00e2timent d\u2019accueil o\u00f9 ils vont bient\u00f4t vivre apr\u00e8s ces dures souffrances, leur premi\u00e8re immense humiliation, le \u00ab Desinfektionsgeba\u00fcde \u00bb, l\u2019antichambre de la d\u00e9shumanisation. Dans la premi\u00e8re pi\u00e8ce de ce block, la pi\u00e8ce du d\u00e9shabillage, o\u00f9 ils sont rentr\u00e9s par groupe de 40 \u00e0 50, ils re\u00e7oivent brutalement l\u2019ordre de se d\u00e9v\u00eatir totalement et de mettre sur des planches pos\u00e9es sur des tr\u00e9teaux leurs objets personnels sans aucune exception, y compris leur alliance. Les gardiens notent le tout scrupuleusement, avant que d\u2019en faire un paquetage. Ren\u00e9 de ROYS va comme ses camarades devoir laisser son portefeuille avec son argent, ses papiers, ses photos, son stylo, son briquet et son alliance. Il se souvient alors de sa prescience d\u2019avoir pu laisser la chevali\u00e8re familiale au creux de la main de sa femme \u00e0 son d\u00e9part de Saint Ange. Nus, ils sont pouss\u00e9s vers une seconde pi\u00e8ce o\u00f9 ils sont totalement ras\u00e9s, la t\u00eate d\u2019abord cheveux et sourcils mais aussi tous les poils du corps. Ce rasage est douloureux car il se fait \u00e0 sec, sans la moindre pr\u00e9caution, aussi rapidement que possible, par des prisonniers sans aucune qualification dot\u00e9s d\u2019outils m\u00e9diocres, satisfaits d\u2019avoir la planque de faire un travail doux. La surveillance arrogante des Kapos veille \u00e0 ce que cette besogne soit la plus humiliante possible. L\u2019\u0153uvre de d\u00e9shumanisation est commenc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un m\u00e9decin est l\u00e0, qui regarde et note si les prisonniers ont des maladies, sans bien sur en tenir compte. Une courte douche par groupe, puis un par un, ils passent par la d\u00e9contamination, qui va les doter un temps de cette odeur si caract\u00e9ristique de gr\u00e9sil que l\u2019on trouvait \u00e0 la campagne dans les \u00e9tables que l\u2019on d\u00e9sinfectait : Un bain tar\u00e9 \u00e0 1 ou 2 % de cr\u00e9osote, o\u00f9 ils doivent rester plong\u00e9s 10 \u00e0 15 minutes. Une fois sortis de ce bain et sans m\u00eame pouvoir se s\u00e9cher ils sont enduits au pinceau de Kubrex, le produit allemand anti &#8211; poux. Toujours nus, ils sont alors conduits, apr\u00e8s avoir descendu un escalier de b\u00e9ton, \u00e0 la salle d\u2019habillage o\u00f9 ils re\u00e7oivent du \u00ab Effektenkammerskapo \u00bb l\u2019uniforme ray\u00e9 du d\u00e9tenu, cale\u00e7on, pantalon, veste et un ridicule b\u00e9ret. Ils s\u2019efforcent alors d\u2019essayer de s\u2019\u00e9changer les uns les autres les tailles correspondantes. Pas de chaussure ni m\u00eame d\u2019espadrilles, ils resteront pour le temps pieds nus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand le groupe s\u2019est reconstitu\u00e9, pouss\u00e9 pas des Kapos vindicatifs ils sont pouss\u00e9s vers le<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Petit camp \u00bb dit encore le camp de toile ou camp de quarantaine, \u00e9tabli en contre bas du \u00ab Grand Camp \u00bb de Buchenwald, dont il est s\u00e9par\u00e9 par une cl\u00f4ture de barbel\u00e9s. Sur le chemin une odeur pestilentielle en ce torride mois d\u2019ao\u00fbt : les tinettes qui s\u2019alignent sur des dizaines de m\u00e8tres en plusieurs rang\u00e9es : Des simples tranch\u00e9es dans la terre avec des rambardes en bois de branches coup\u00e9es, sur lesquelles les d\u00e9tenus peuvent s\u2019agripper. Les baraquements entour\u00e9s de boue des ancienne \u00e9curies taill\u00e9es pour loger 50 chevaux, vont abriter jusqu\u2019\u00e0 deux mille hommes. Pour les autres qui n\u2019ont pu y trouver de place, de simples abris de toiles. C\u2019est l\u00e0 que Ren\u00e9 de Roys les 77.000 vont devoir rester jusqu\u2019au 3 septembre. Malgr\u00e9 cette situation, les contacts et la communication s\u2019\u00e9tablissent en interne comme avec le Grand Camp. Les anciens savent ce qu\u2019il faut penser de Dora ou d\u2019Ellrich ou des autres Kommandos, o\u00f9 ceux qui n\u2019auront pas le passe-droit, seront ensuite transf\u00e9r\u00e9s. Les solidarit\u00e9s jouent ; Les communistes allemands d\u2019abord puis les fran\u00e7ais ensuite avaient pu parvenir avec la dur\u00e9e, \u00e0 force d\u2019intelligence, de pers\u00e9v\u00e9rance et de tout autre moyen \u00e0 \u00e9liminer de Buchenwald un par un, les plus sadiques et les plus sanguinaires des Kapos, g\u00e9n\u00e9ralement les \u00ab verts \u00bb. Ils les avaient sortis du camp en s\u2019arrangeant pour les faisant d\u00e9placer par des motifs divers ou des complaisances aux SS, dans d\u2019autres camps, parvenant ainsi \u00e0 prendre seuls une autorit\u00e9 aussi importante qu\u2019essentielle dans la globalit\u00e9 de l\u2019administration et du fonctionnement de Buchenwald. Ils vont ainsi faire avec efficacit\u00e9, tout leur possible pour \u00ab sauver \u00bb le maximum de leurs camarades arriv\u00e9s au petit camp, en organisant leur affectation \u00e0 Buchenwald. Pour nombre d\u2019entre eux, pr\u00e8s de 180, ce sera la possibilit\u00e9 de survie. H\u00e9las pour Ren\u00e9 de Roys et bien de ses compagnons, la route devait continuer et pour le tr\u00e8s grand nombre cette route sera Ellrich.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A la sortie, ils donnent \u00e0 un sous -officier SS accompagn\u00e9 de deux Kapos au triangle rouge des d\u00e9tenus politiques en allemand leur num\u00e9ros matricules.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Georges Tanchoux, jeune r\u00e9sistant pass\u00e9 par Fresnes, \u00e2g\u00e9 d\u2019\u00e0 peine 23 ans, se d\u00e9clare chauffeur de camion. Il re\u00e7oit le matricule 77.721. Le capitaine de Roys passe ensuite, il se nomme avec d\u2019autant plus de dignit\u00e9 que la situation est humiliante : de Roys de L\u00e9dignan, Ren\u00e9 ; activit\u00e9 : F\u00f6rster, ce qui veut dire Forestier. Est-ce par intuition, il va cacher sa fonction d\u2019officier de cavalerie. Tout cela ne dure que le temps qu\u2019il m\u00e9morise son num\u00e9ro 77.722. Il ne pourra plus maintenant s\u2019appeler autrement. Malheur \u00e0 celui qui voudrait l\u2019oublier ou ne parviendrait pas \u00e0 le dire \u00e0 ses tortionnaires dans la langue allemande \u00e0 chacune des fois o\u00f9 il doit parler. Il est suivi par Roger Jones, ce dernier qui aura 40 ans dans quelques semaines se d\u00e9clare lui aussi chauffeur, comme si tous se passaient ce mot, pour \u00e9chapper \u00e0 un trop lourd destin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le miracle humain se produit. Les fran\u00e7ais s\u2019organisent, s\u2019entraident encore, s\u2019efforcent d\u2019apprendre de comprendre. Ils parviennent \u00e0 communiquer avec des d\u00e9tenus soit d\u00e9port\u00e9s arriv\u00e9s avant eux, ou encore qui faisaient partis du m\u00eame convoi depuis le d\u00e9part de Fresnes, et de la marche de Buchenwald gare \u00e0 Buchenwald camp et qu\u2019ils n\u2019avaient pas r\u00e9ussi encore \u00e0 voir ou revoir. Parmi eux, r\u00e9confortante retrouvaille, un personnage exceptionnel, une l\u00e9gende de l\u2019aum\u00f4nerie de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, que le capitaine de Roys avait connaissait depuis 1918 et l\u2019h\u00f4pital militaire lors de sa blessure de 1918 : L\u2019abb\u00e9 Georges H\u00e9nocque, h\u00e9ros de la premi\u00e8re guerre mondiale qu\u2019il avait termin\u00e9 avec 11 citations et la rosette d\u2019officier de la l\u00e9gion d\u2019honneur avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 aum\u00f4nier de l\u2019Ecole militaire de Saint \u2013 Cyr. Malgr\u00e9 ses 75 ans il avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9port\u00e9. Ren\u00e9 de Roys avait bien cru l\u2019apercevoir dans le train, mais il ne pouvait y croire. A peine entr\u00e9 au petit camp, il va s\u2019efforcer de prendre contact avec lui, car ce pr\u00eatre, vaillant parmi les vaillants, met imm\u00e9diatement sa personne au service de ces nouveaux arrivants, confesse ceux qui le d\u00e9sirent, absout avec tendresse. Il garde dans les tr\u00e9fonds de son nouvel uniforme ray\u00e9, qui vient de remplacer sa soutane, quelques miettes de pain qu\u2019il a consacrera en cachette, toujours pr\u00eat \u00e0 porter le sacrement de communion \u00e0 celui qui le sollicite. Si cela s\u2019apprend c\u2019est pour l\u2019abb\u00e9 Georges H\u00e9nocque, la mort imm\u00e9diate. Mais cela p\u00e8se peu : il sait que ce sera tr\u00e8s certainement pour ses camarades d\u00e9tenus la derni\u00e8re fois peut \u00eatre qu\u2019ils pourront recevoir le corps du Christ. Il sera \u00e0 Buchenwald pour la capitaine de Roys un immense r\u00e9confort pendant ces journ\u00e9es de Buchenwald. Il reviendra, et pourra t\u00e9moigner dans ses \u00e9mouvants carnets, car son tr\u00e8s grand \u00e2ge le fera survivre \u00e0 Buchenwald jusqu\u2019en janvier 1945, d\u2019o\u00f9 avant les marches de la mort, ce qui le sauvera, il sera transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Dachau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">24 ao\u00fbt :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que les d\u00e9tenus du petit camp, dont la premi\u00e8re des priorit\u00e9s, pour ceux qui n\u2019en ont pas pu trouver de quoi se chausser de claquettes de bois ou d\u2019assemblages de caoutchouc maintenu par des ficelles et des savates, vont travailler dans la carri\u00e8re, la matin\u00e9e est interrompue par le passage d\u2019avion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la premi\u00e8re surprise ils sont identifi\u00e9s : Ce sont des avions amis aux cocardes am\u00e9ricaines, mais ces avions viennent non pas pour saluer les d\u00e9tenus mais pour bombarder les usines de mat\u00e9riels d\u2019armement sensibles, entre autre les gyroscopes des VI et V2 ; Au passage suivant, ils vont commencer de d\u00e9verser des tonnes de bombes qui font s\u2019aplatir les prisonniers comme les allemands soldats, SS ou civils qui n\u2019ont gu\u00e8re d\u2019endroits pour se cacher :300 d\u00e9tenus mourront ce jour-l\u00e0, mais aussi plus de 600 SS et gardiens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les journ\u00e9es vont se suivre dans le strict rythme du camp : Lever avant le jour, \u00e0 4 heures 30<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Appel sur la place d\u2019appel, retour aux petit camp, m\u00e9diocre et minimum soupe, travail aux pierres de la carri\u00e8re ou aux corv\u00e9es de bois ou aux travaux de cl\u00f4tures. Le soir, retour sur la place d\u2019appel, parqu\u00e9s par blocks, des heures et des heures sans la moindre raison, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les kapos aient fini par trouver le nombre qu\u2019ils veulent trouver, retour au petit camp, et soupe du soir. Les punis du petit camp sont affect\u00e9s au r\u00e9pugnant travail de vidange des latrines. Cela va durer jusqu\u2019au petit matin du 1\u00b0 septembre 1944, leur dernier jour \u00e0 Buchenwald. Il commencera comme chaque jour par l\u2019appel sur l\u2019Appelplatz :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce jour-l\u00e0,cruaut\u00e9 sans raison, ce sera 18 heures debout sur la place d\u2019appel, sans parler autrement que pour dire son num\u00e9ro matricule en allemand, jusqu\u2019a ce que sa diction en langue allemande soit compr\u00e9hensible pour les SS. Pour ceux qui n\u2019y arrivent pas, la schlage et les coups de botte jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu\u2019ils s\u2019\u00e9croulent par terre. 18 heures sans boire ni manger, l\u2019appel ne se termine qu\u2019\u00e0 23 heures trente. Il sera alors trop tard pour avoir une soupe dans les baraques du Petit Camp : Une journ\u00e9e enti\u00e8re sans la moindre nourriture D\u00e8s le petit jour du 2 septembre apr\u00e8s la soupe du matin et 300 grammes de pain de m\u00e9teil, le convoi des d\u00e9port\u00e9s prend la route de sa nouvelle destination Dora. Tondus, encore pieds nus pour beaucoup, v\u00eatus de leur maigre costume de toile ray\u00e9e, leur d\u00e9part est salu\u00e9 par la musique de la fanfare de l\u2019orchestre du camp sous l\u2019\u0153il cynique des Kapos et des SS, qui apr\u00e8s une courte marche les font monter dans des camions. Ils ont laiss\u00e9 derri\u00e8re eux un certain nombre de leurs camarades de leur convoi qui auront donc la chance de rester \u00e0 Buchenwald et les 167 aviateurs alli\u00e9s abattus en survolant la France que les nazis en toute derni\u00e8re d\u00e9cision avaient fait embarquer dans leur train, mais n\u2019oseront pas conduire vers le lieu de la mort certaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y aura pas de morts cette fois-l\u00e0 de morts durant ce transfert. Aux m\u00eames endroits les gamins allemands jettent des pierres sur leur passage. A coup de Schlag et de Gummi, les SS les font embarquer dans les camions. Quelques heures plus tard, ils d\u00e9barquent \u00e0 la gare de Dora, d\u2019o\u00f9 ils repartent en colonne par cinq vers Dora &#8211; camp pour d\u00e9couvrir apr\u00e8s une courte marche \u00e0 pied, l\u2019une des plus grandes et extraordinaires usines souterraines du III\u00b0 Reich : Un nouvel enfer, celui-l\u00e0 encore plus dur encore plus r\u00e9pugnant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis la gare de Dora, pouss\u00e9s par les hurlements stridents des Kapos, apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 devant l\u2019entr\u00e9e des tunnels et le camp des SS, ils arrivent enfin au camp des d\u00e9tenus : Imm\u00e9diatement d\u00e9shabill\u00e9s, les Kapos les dirigent vers les douches ; A la sortie, des guenilles d\u00e9pareill\u00e9es leur sont distribu\u00e9es. Les pyjamas ray\u00e9s Buchenwald \u00ab de trop belle qualit\u00e9 \u00bb leur ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s. Les \u00ab Verts \u00bb les trafiqueront avec les anciens d\u00e9tenus : Dora c\u2019est l\u2019univers des Verts, ces Kapos dont la couleur du triangle indique qu\u2019ils sont des criminels allemands de droit commun, vermine brutale \u00e0 qui les SS ont d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 le pouvoir d\u2019autorit\u00e9. La nuit est tomb\u00e9e, ils sont parqu\u00e9s, sans nourriture ni boisson dans des baraques surpeupl\u00e9es. D\u00e8s l\u2019aube ils devront, apr\u00e8s l\u2019appel, partir au travail<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dora ce sera \u00e0 peine 4 jours d\u2019une nouvelle forme de souffrance, encore plus forte, encore plus permanente, dans des conditions encore plus insupportables, mais qu\u2019il faut cependant supporter. Les anciens du camp, ceux qui sont l\u00e0 depuis le d\u00e9but, la p\u00e9riode dont on ne survivait pas, leur racontent, leur montrent cet enfer de Dora, qu\u2019ils appelleront \u00ab le cimeti\u00e8re des fran\u00e7ais. Ils peuvent voir l\u2019entr\u00e9e des tunnel gard\u00e9es par les SS et les chiens. L\u00e0 aussi, malgr\u00e9 la d\u00e9lation, des pr\u00eatres viennent \u00e0 leur devant, les accueillent en portant la parole de Dieu et le corps du Christ. Ils ne donnent pas leur nom, Ils se consacrent \u00e0 leur saint minist\u00e8re, en s\u2019effor\u00e7ant de donner le plus possible \u00e0 ceux qui n\u2019ont plus rien. Plus le chemin vers la mort s\u2019enfonce dans cette noire barbarie, plus la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et l\u2019abn\u00e9gation de ces hommes de Dieu vient au secours des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 5 septembre, le capitaine de Roys et les 1468 fran\u00e7ais des 77.000 et 78.000 sont embarqu\u00e9s depuis la gare du camp de Dora, et apr\u00e8s une longue attente, dans d\u2019autres camions qui vont emprunter la route, parall\u00e8le \u00e0 la voie de chemin de fer qui traverse Niedersachswerfen, Woffleben, Cleysigngen pour s\u2019arr\u00eater \u00e0 Ellrich &#8211; Gare, leur destination d\u00e9finitive, 12 kilom\u00e8tres plus loin, le terminus de leur destin\u00e9e, le camp au redoutable nom de code \u00ab ERIC \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils pensaient apr\u00e8s les brutalit\u00e9s de Buchenwald et l\u2019enfer de Dora avoir connu et v\u00e9cu le pire et pourtant: Etienne Lafond &#8211; Masurel un des rares \u00e0 \u00eatre revenu d\u2019Ellrich, dira bien sobrement en repensant \u00e0 Dora : \u00ab Ce camp, d\u00e9j\u00e0 plus s\u00e9v\u00e8re que celui de Buchenwald, \u00e9tait pourtant un paradis en comparaison d\u2019Ellrich, camp d\u2019extermination \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils \u00e9taient entr\u00e9s au centre de l\u2019enfer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre des tr\u00e8s rares survivants, Jacques Grandcoin, \u00e9crira \u00e0 son retour en France :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab Buchenwald, Dora, Ellrich :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Si Dora c\u2019\u00e9tait l\u2019enfer pour les camarades de Buchenwald,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ellrich \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019enfer de ceux de Dora \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I\u00b0 partie \u00ab\u00a0de Fresnes \u00e0 Dora\u00a0\u00bb 15 ao\u00fbt 1944 : D\u00e9part de Fresnes En montant dans la voiture du major allemand, qui attend moteur en marche au pied de l\u2019escalier de Saint Ange, le marquis de Roys, sa l\u00e9g\u00e8re valise de cuir \u00e0 la main, sa canne de l\u2019autre, s\u2019il ne sait pas o\u00f9 il [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,4],"tags":[],"class_list":["post-220","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","category-histoire-de-saint-ange"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=220"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/220\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":233,"href":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/220\/revisions\/233"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}