{"id":228,"date":"2025-06-07T16:41:21","date_gmt":"2025-06-07T16:41:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/?p=228"},"modified":"2025-08-22T08:45:37","modified_gmt":"2025-08-22T08:45:37","slug":"rene-de-roys-chapitre-iv-le-deporte-deuxieme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/?p=228","title":{"rendered":"Ren\u00e9 de Roys &#8211; Chapitre IV &#8211; Le D\u00e9port\u00e9 &#8211; Deuxieme partie"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>2\u00b0 partie :ELLRICH<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les 17 et 18 ao\u00fbt 1943, l\u2019aviation alli\u00e9e, avec plus de 600 avions, avait bombard\u00e9 le site de Pennem\u00fcnde o\u00f9 \u00e9taient alors concentr\u00e9s la recherche, le d\u00e9veloppement et la production des V.1 et des V.2. Les allemands r\u00e9agirent avec une vitesse exceptionnelle, et d\u00e9cident d\u00e8s le 26 ao\u00fbt 1943, de transf\u00e9rer et d\u2019enterrer, dans le site du massif montagneux du Kohnstein en Thuringe, des usines souterraines pour produire, \u00e0 l\u2019abri de l\u2019aviation alli\u00e9e, les activit\u00e9s de fabrication mat\u00e9riels strat\u00e9giques et sensibles : Fus\u00e9es, aviation, oxyg\u00e8ne liquide. Ce seront les tunnels A &amp; B et leurs galeries creus\u00e9s et am\u00e9nag\u00e9s par les d\u00e9port\u00e9s du camp de Dora, le cimeti\u00e8re des fran\u00e7ais. D\u00e9cid\u00e9 dans une rivalit\u00e9 interne entre Himmler et la SS et Albert Speer et son minist\u00e8re de l\u2019armement, cet immense programme sera secret et cod\u00e9. D\u2019o\u00f9 les noms de Mittelraum pour cette r\u00e9gion retenue du Sud -Harz et Nord -Thuringe, autour de Nordhausen, de Mittelwerk ou Mittelbau pour les sites des usines et des productions, Dora, Laura, Erich pour les noms des camps et des chantiers.<\/p>\n\n\n\n<p>La Waffen SS, qui a pu s\u2019arroger enfin des comp\u00e9tences qu\u2019elle n\u2019avait jamais encore obtenues pour la production d\u2019armement, va aussi parvenir \u00e0 se faire assister par l\u2019aviation, la Luftwaffe qui mettra dans tous les camps de concentration des troupes \u00e0 disposition de la SS. Cette SS va \u00eatre le grand organisateur de cette deuxi\u00e8me tranche encore plus gigantesque d\u2019implantation d\u2019usines souterraines, rendues n\u00e9cessaires par le recul des troupes allemandes sur le front de l\u2019est et l\u2019amplification des bombardements anglo-am\u00e9ricains \u00e0 l\u2019ouest.<\/p>\n\n\n\n<p>Le SS <em>Gruppenfuehrer<\/em> Kammler et son <em>Sonderstab<\/em> SS, s\u2019appuyant sur les responsables de l\u2019office de l\u2019armement de Pennem\u00fcnde, Dornberger et Werner von Braun, va, d\u00e8s mars 1944, entreprendre ces nouveaux chantiers, avec l\u2019implication et pour le compte des majors de l\u2019industrie technologique allemande, Junker, Messerschmitt, AEG, Siemens, I.G Farben .., mais aussi pour des entreprises plus petites, certaines encore en activit\u00e9 aujourd\u2019hui comme Carl Zeiss,Rudolf Glaser, Sauer &amp; Sohn ,\u2026 etc. Ce sera, enterr\u00e9 sous le versant nord du massif du Kohnstein, le chantier B.11 alias Zinnstein, \u00e0 l\u2019est du tunnel A de Dora : 50.000 m\u00e8tres carr\u00e9s \u00e0 creuser aussi vite que possible, dont 30.000 m\u00e8tres carr\u00e9s utiles seront d\u00e9j\u00e0 termin\u00e9s pour No\u00ebl 1944. Les tunnels et les premi\u00e8res galeries de B.11 accueilleront les trois usines d\u2019 oxyg\u00e8ne liquide, de carburants de synth\u00e8se et d\u2019aviation. Ce sera aussi le pharaonique B12, alias Kaolin, \u00e0 l\u2019ouest du tunnel B de Dora avec ses 4 premiers tunnels C,D,E,F, pr\u00e9vus pour 160.000 m\u00e8tres carr\u00e9s. B.12 est destin\u00e9 \u00e0 la production massive des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations d\u2019avions. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re Zorge qui s\u00e9pare les vall\u00e9es enserr\u00e9es par le Kohnstein et l\u2019Himmelberg, le chantier B.3 pr\u00e9voit l\u2019\u00e9tablissement d\u2019usines de m\u00e9canique. Il faut donc amplifier la construction et le renforcement des \u00e9quipements ferroviaires et routiers. Tout cela va exiger un immense besoin en main d\u2019\u0153uvre, fourni par l\u2019in\u00e9puisable cohorte des d\u00e9port\u00e9s de toute l\u2019Europe : Ce seront en premier lieu les d\u00e9port\u00e9s du camp de Dora auxquels s\u2019ajouteront plus de 35.000 d\u00e9port\u00e9s dans ses nombreux <em>Kommandos<\/em>, \u00e0 commencer par les deux plus importants Ellrich et Harzungen, qui vont oeuvrer dans ces sites appel\u00e9s sous leur nom de code : B3, B11, B12, B13 et B17, o\u00f9 pour la premi\u00e8re fois la SS aura l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9 et des pouvoirs, avec \u00e0 ses ordres les soldats de la Luftwaffe comme les civils allemands ouvriers, encadrement technique, chefs de travaux et ing\u00e9nieurs<\/p>\n\n\n\n<p>Ellrich ,c\u2019est, port\u00e9e \u00e0 un niveau encore jamais atteint, la logique op\u00e9rationnelle du camp de concentration nazi avec sa premi\u00e8re finalit\u00e9: <em>\u00ab Vernichtung durch Arbeit \u00bb<\/em>, \u00ab l\u2019an\u00e9antissement de l\u2019homme par le travail \u00bb. Ellrich, comme Dora, ne sera pas un camp d\u2019extermination imm\u00e9diat comme le camp Auschwitz o\u00f9 il s\u2019agissait d\u2019an\u00e9antir et de faire dispara\u00eetre le plus rapidement possible le plus grand nombre, principalement des juifs ; c\u2019est une autre variante de la mort : C\u2019est une mort construite et lente, par le travail, les privations de nourriture et de sommeil au degr\u00e9 le plus extr\u00eame, la mort irr\u00e9versible par la haine, les coups, la violence, par la d\u00e9shumanisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le camp d\u2019Ellrich, en code Erich, appara\u00eet le 1er mai 1944, quand un premier Kommando venu depuis le camp de Dora entreprend son implantation, derri\u00e8re la voie ferr\u00e9e qui longe le sud de la ville d\u2019Ellrich. Durant le premier mois, son effectif d\u00e9bute avec 1000 d\u00e9tenus. Cinq mois plus tard, apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e du convoi des fran\u00e7ais du capitaine de Roys, les 76, 77 et 78.000, l\u2019effectif sera port\u00e9 \u00e0 son maximum avec pr\u00e8s de 8.000 d\u00e9tenus, encadr\u00e9s par la horde la plus barbare<\/p>\n\n\n\n<p>Comme pour Dora mais par un transfert encore plus syst\u00e9matique des \u00e9l\u00e9ments hostiles, Ellrich va servir d\u2019exutoire pour la purification du camp de Buchenwald, que les communistes allemands puis fran\u00e7ais qui installent jour apr\u00e8s jour leur autorit\u00e9 sur la partie de l\u2019administration du camp qu\u2019ils peuvent noyauter, mettent en oeuvre syst\u00e9matiquement. Etant parvenus \u00e0 infiltrer nombre de postes strat\u00e9giques, partout o\u00f9 cela \u00e9tait possible, des cuisines \u00e0 l\u2019intendance et plus particuli\u00e8rement ceux de <em>\u00ab Lagerschutz <\/em>\u00bb,d\u00e9tenu responsable d\u2019une certaine autorit\u00e9 de police dans le camp, de <em>\u00ab Schreiber \u00bb<\/em> ou de certains <em>Stubendienst<\/em> ou m\u00eame <em>Stuben\u00e4lter <\/em>des Block, c\u2019est \u00e0 dire d\u2019employ\u00e9s administratifs ou de grad\u00e9s de baraquement, ils pourront avec beaucoup d\u2019intelligence, de chance aussi, jour apr\u00e8s jour, homme par homme parvenir \u00e0 \u00e9tablir une certaine autorit\u00e9 parall\u00e8le \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 nazi, qui ne saura pas s\u2019en apercevoir \u00e0 temps. Pour y parvenir, ils feront d\u00e9placer ,sinon dispara\u00eetre vers Dora mais surtout vers Ellrich, nombre de Kapos qui ne se pr\u00eataient pas \u00e0 leur strat\u00e9gie : Ceux qui \u00e9taient la lie de la lie des Kapos, ceux qui se seront fait remarquer par leur brutalit\u00e9 ou leur sadisme seront d\u00e9plac\u00e9s vers Ellrich, o\u00f9 ils pourront alors d\u00e9ployer sans opposition tout leur sadisme et leur cruaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant l\u2019arriv\u00e9e des fran\u00e7ais, et ce qui rendra leur condition effroyable, le camp d\u2019Ellrich est dot\u00e9 d\u2019un peuplement totalement hostile aux communistes et aux fran\u00e7ais. Au tout d\u00e9but du camp, ce sont des tziganes, environ 600, qui sont arriv\u00e9s le 11 mai, rejoints ensuite par 400 polonais et ukrainiens, eux m\u00eames suivis d\u00e9but juin 1944 des premiers \u00ab z\u00e9br\u00e9s \u00bb fran\u00e7ais, plus de 1000 avec leur voisins belges, les 54.000, qui ne pourront que subir la dictature et la terreur de ceux qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Le camp d\u2019Ellrich re\u00e7oit encore mille autres d\u00e9tenus, cette fois russes et polonais, la s\u00e9rie des 56 000. Quelques juifs vont arriver \u00e0 la mi juin, deux ou trois centaines, d\u00e9port\u00e9s de Hongrie. Malgr\u00e9 des arriv\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res et massives par de nouveaux convois, le camp ne parviendra jamais \u00e0 augmenter ses effectifs, tant la mortalit\u00e9 y est effroyable: La m\u00e9ticuleuse administration SS en tiendra le compte, notant plus de 10% par mois d\u00e8s le mois de septembre 1944, pr\u00e8s de 20 % par mois pendant les grands froids de l\u2019hiver 1944-1945.<\/p>\n\n\n\n<p>Etabli \u00e0 la fronti\u00e8re g\u00e9ographique de la Thuringe et de la Basse -Saxe, le camp d\u2019Ellrich s\u2019organise initialement autour des b\u00e2timents abandonn\u00e9s de l\u2019ancienne pl\u00e2trerie locale, les \u00e9tablissements Kohlmann. Toutefois l\u2019organisation SS ne jugera par utile d\u2019\u00e9carter du camp en cours d\u2019\u00e9tablissement les autres activit\u00e9s industrielles alors existantes, install\u00e9es au bord du camp. La partie la plus importante du KZ Erich, avec les baraquements et le camp des d\u00e9tenus, rel\u00e8ve de la commune d\u2019Ellrich. Cet espace, \u00e0 peu pr\u00e8s plat, se termine \u00e0 son sud et \u00e0 son ouest par une colline, o\u00f9 l\u2019on aper\u00e7oit encore les carri\u00e8res et les d\u00e9parts de galeries. Au pied et au flanc de cette colline seront construits vers l\u2019ouest les casernements des SS, au lieu dit Juliush\u00fctte, un \u00e9cart de la commune circonvoisine de Walkenried. Au centre du camp entre la partie des d\u00e9tenus et celle des SS, un petit \u00e9tang saum\u00e2tre et mar\u00e9cageux, le <em>\u00ab Kleiner Pontel \u00bb, <\/em>le Petit Pontel.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois chemins principaux parcourent le camp: Le chemin nord qui va vers l\u2019ouest, depuis l\u2019entr\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usine Trinks, qui restera en activit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre. L\u2019usine Trinks emploie un important personnel civil allemand, qui vient chaque jour depuis la ville d\u2019Ellrich y travailler. Ce chemin Nord dessert aussi le casernement des SS, les villas Bergmann, Eichorn et Neumann et au de l\u00e0 le <em>\u00ab Haupt Pontel \u00bb<\/em>, le Grand Pontel, le second \u00e9tang vers Walkenried. En second, le chemin central, qui lui aussi part de l\u2019entr\u00e9e du camp, traverse l\u2019<em>Appelplatz<\/em>, passe aupr\u00e8s du b\u00e2timent Croix Rouge et des b\u00e2timents SS sud et conduit vers les anciennes carri\u00e8res et le tunnel. Enfin, le chemin nord -sud, qui d\u00e9limite le premier camp des d\u00e9tenus des derni\u00e8res constructions et de <em>l\u2019Appelplatz<\/em>. Au d\u00e9part de ce chemin, le b\u00e2timent du \u00ab Chef de Poste \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entr\u00e9e du camp est au nord et se fait par un portail au bout du quai sp\u00e9cial am\u00e9nag\u00e9 dans la gare. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019entr\u00e9e, c\u00f4t\u00e9 ville d\u2019Ellrich, en bordure des voies, l\u2019usine Rabe de machines agricoles, les villas M\u00fcllges et Engelmann, encadrent la baraque \u00e0 signaux de la <em>Reichbahn<\/em>, la gare d\u2019Ellrich. Le camp couvre une \u00e9tendue d\u2019environ 20 hectares, dont seule la partie consacr\u00e9e aux d\u00e9tenus est entour\u00e9e de fils de fer barbel\u00e9s, ferm\u00e9e par une cl\u00f4ture \u00e9lectrique haute tension, tendue sur les potelets en b\u00e9ton. Le camp limite la partie sud de la ville, des derni\u00e8res maisons d\u2019habitation de la population civile d\u2019Ellrich qui le surplombent l\u00e9g\u00e8rement et dont il n\u2019est s\u00e9par\u00e9 que par cette voie de la ligne de chemin de fer Herzberg \u2013Erfurt.<\/p>\n\n\n\n<p>Les blocks des premiers d\u00e9tenus occupent les anciens b\u00e2timents d\u00e9saffect\u00e9s de la pl\u00e2trerie construits en colombage de brique : Ce seront les blocks 1,2 et 3, b\u00e2timent \u00e0 un \u00e9tage surmont\u00e9 d\u2019une \u00e9tage de combles, au sud desquels un grand hangar de 60 m\u00e8tres de long, dix huit de large et dix de haut sera institu\u00e9 en block 4.C\u2019est dans ce block 4 que seront encasern\u00e9s \u00e0 leur arriv\u00e9e, les premiers fran\u00e7ais des 77.000 et le capitaine de Roys.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces b\u00e2timents sont d\u00e9labr\u00e9s et sinistres. En remontant vers le nord du camp, la baraque d\u2019infirmerie, le <em>\u00ab Revier \u00bb,<\/em> les blocks 6 puis 5 avec \u00e0 leur est le b\u00e2timent des douches, enfin le block 8. Le sud du camp des d\u00e9tenus se termine avec le tr\u00e8s grand block 7 \u00e9tabli en limite de la partie plate et de la colline.<\/p>\n\n\n\n<p>La place d\u2019appel, l\u2019<em>Appelplatz<\/em> , occupe bien s\u00fbr, la partie centrale du camp face au quai d\u2019embarquement entre les chemins nord et nord-sud. Plus tard, au nord et \u00e0 l\u2019est de la place d\u2019appel, en limite des chemins nord et nord-sud, seront construits les derniers blocks 9 \u00e0 14, rendus n\u00e9cessaires lorsque l\u2019effectif du camp sera port\u00e9 \u00e0 8.000 d\u00e9tenus. Au sud de la place d\u2019appel, les b\u00e2timents des cuisines et des vivres. A partir d\u2019ao\u00fbt 1944, au pied et \u00e0 flanc de la hauteur, seront construits les b\u00e2timents de la nouvelle infirmerie, <em>le Revier<\/em> et le b\u00e2timent du <em>Sch\u00f6nung <\/em>, la mise en repos, pour ceux qui parviennent \u00e0 \u00eatre dispens\u00e9s de travail, sans pour autant int\u00e9grer l\u2019infirmerie. Enfin en mars 1945, en plein flanc de la hauteur sera construit et mis en service le b\u00e2timent des cr\u00e9matoires<\/p>\n\n\n\n<p>La garnison de SS et de soldats de l\u2019aviation qui dirigent et gardent le camp sont casern\u00e9s \u00e0 l\u2019ouest de cet ensemble au lieu dit <em>Juliush\u00fctte<\/em>. Elle est plac\u00e9e au lendemain de leur arriv\u00e9e sous les ordres d\u2018un capitaine SS le <em>Hauptsturmfuehrer <\/em>Fritsch. Ce commandant du camp sera le plus barbare de tous les SS qu\u2019auront connu les camps. Le <em>Hstuf<\/em> Fritsch arrivait d\u2019Auschwitz. Il se vantait d\u2019\u00eatre l\u2019inventeur des chambres \u00e0 gaz et d\u2019avoir tu\u00e9 de ses mains des milliers de d\u00e9tenus. Sous ses ordres, deux autres brutes : le chef de la d\u00e9tention, le sergent SS, l\u2019<em>Unterscharfuehrer<\/em> Ritz et le chef du service du travail, le sergent SS, l<em>\u2019Unterscharfuehrer<\/em> Preusser. Fritsch s\u2019adressera aux SS et aux Kapos allemands <strong>: <em>\u00ab Tous les hommes qui viennent de chez nous, de l\u2019arm\u00e9e, de la marine, de l\u2019organisation Todt, de la protection civile, doivent \u00eatre sans cesse avertis que chaque d\u00e9tenu est un ennemi de l\u2019\u00e9tat et doit \u00eatre trait\u00e9 comme tel \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Erich &#8211; Ellrich fonctionne selon le syst\u00e8me \u00e9prouv\u00e9 de <em>\u00ab H\u00e4ftlingsselbstverwaltung<\/em> \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2019auto &#8211; administration par les d\u00e9tenus. Les nazis ont institu\u00e9 ce syst\u00e8me kafkaien de placer \u00e0 tous les postes d\u2019autorit\u00e9 ou de responsabilit\u00e9 directe des d\u00e9tenus, les Kapos, qui vont diriger chaque phase de la vie organis\u00e9e \u00e0 l\u2019Allemande pour le compte de l\u2019administration SS du camp. Pour chaque fonction entre les d\u00e9tenus et eux un Kapo. A Erich, la quasi-totalit\u00e9 de ces Kapos porte le triangle vert des criminels de droit commun allemands ou tziganes, nomm\u00e9s par les d\u00e9tenus les <em>Reich-kapo<\/em>. Les plus essentiels dans l\u2019horreur et la cruaut\u00e9 quotidienne seront bien s\u00fbr les Kapos des blocks, \u00e0 commencer par le <em>\u00ab Block\u00e4ltester \u00bb<\/em> toujours un allemand, et ses adjoints les <em>\u00ab Stuben\u00e4lter<\/em> \u00bb et <em>\u00ab Stubendienst<\/em> \u00bb souvent des tziganes, quand ils ne sont pas des droits communs. Le SS de chaque block d\u00e9l\u00e8gue ses ordres au <em>Stubensdienst<\/em>, charg\u00e9 des fonctions quotidiennes les plus importantes, le r\u00e9veil et la nourriture : Il faut r\u00e9aliser \u00e0 quel point ce dispositif est essentiel et joue un r\u00f4le maximum dans le quotidien du d\u00e9tenu, car, si la mort est \u00e0 chaque instant au bout de la <em>Schlage<\/em> des Kapos ou des poings des SS, d\u00e8s l\u2019appel du matin, dans les ordres donn\u00e9s dans le travail, lors du retour et de l\u2019appel du soir, c\u2019est dans le block, et dans le block seulement que le d\u00e9tenu peut construire sa survie. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il est sens\u00e9 se reposer et dormir, mais c\u2019est l\u00e0 surtout l\u00e0 qu\u2019il re\u00e7oit sa nourriture. C\u2019est h\u00e9las l\u00e0 aussi qu\u2019il re\u00e7oit les humiliations et les punitions. Le SS rentr\u00e9 dans son cantonnement, les Kapos ont donc ce pouvoir permanent de punir, de donner ou de refuser, de frapper jusqu\u2019\u00e0 la mort , \u00e0 leur seule humeur, ou selon leur seul sadisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 5 septembre 1944, les 1468 fran\u00e7ais venus par Dora de Buchenwald arrivent au camp d\u2019Ellrich. Dans un groupe d\u2019environ 80 nouveaux arrivants fran\u00e7ais entr\u00e9s avec lui, le capitaine de Roys est casern\u00e9 au dernier \u00e9tage du Block 4. Ce block, d\u00e9j\u00e0 surcharg\u00e9 de droit communs allemands, de tziganes et de d\u00e9port\u00e9s de tout l\u2019est de l\u2019Europe, aura un point commun : la haine des fran\u00e7ais. M\u00eame si pendant un temps bref, quelques d\u00e9tenus pourront \u00eatre affect\u00e9s \u00e0 d\u2019autres activit\u00e9s relativement douces, pour tous ses compagnons arriv\u00e9s en ce d\u00e9but septembre \u00e0 Ellrich, apr\u00e8s Fresnes, Pantin, Buchenwald et Dora, il n\u2019y a essentiellement que deux affectations possibles : La mine, c\u2019est \u00e0 dire creuser de l\u2019int\u00e9rieur les gigantesques tunnels et leurs galeries des chantiers B3, B11 ou B12, sinon les travaux en ext\u00e9rieur, la construction des voies de chemin de fer, et le talutage. Le dimanche, les ouvriers et ing\u00e9nieurs civils allemands \u00e9tant en repos, tous les d\u00e9tenus sont affect\u00e9s au travail \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des tunnels, ou dans les diff\u00e9rentes corv\u00e9es du camp<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est au chantier B12 que Ren\u00e9 de Roys se voit affect\u00e9 : Etre affect\u00e9 \u00e0 la terrasse du B12, c\u2019est \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 mort, m\u00eame si cette mort, selon les individus, les brimades, la nourriture, le sommeil, est \u00e0 plus ou moins br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance : Deux mois, trois mois, maximum 6 mois pour les cas les plus favorables, pour les plus solides ,pour les plus jeunes, pour les chanceux, \u00e0 moins de trouver entre temps des moyens de survie : Se planquer quelque part quelques heures, se faire affecter un temps \u00e0 une t\u00e2che moins dure, trouver une ration de soupe suppl\u00e9mentaire, des savates au lieu des claquettes, un v\u00eatement de plus ou tout autre moyen qui peut para\u00eetre d\u00e9risoire, mais qui permettront \u00e0 un tr\u00e8s petit nombre de devenir des rescap\u00e9s, de survivre. Quelques miracles sont possibles : Revenir \u00e0 Dora, se faire aider par un Kapo plus indulgent, parvenir \u00e0 travailler dans la bureaucratie du camp, \u00eatre nomm\u00e9 <em>\u00ab Schreiber \u00bb<\/em> commis aux \u00e9critures, comme avait pu l\u2019\u00eatre Semprun \u00e0 Buchenwald, se faire remarquer par un \u00ab civil \u00bb et devenir attach\u00e9 aux entreprises civiles allemandes, se faire nommer \u00e9lectricien ou m\u00e9canicien de machine. Mais c\u2019est aussi mourir tr\u00e8s rapidement, si l\u2019on re\u00e7oit plus de coups que les autres de la part des Kapos bestiaux, si l\u2019on s\u2019est fait voler son v\u00eatement ou sa soupe, ou plus simplement si l\u2019on est sous l\u2019\u0153il du kapo qui veille \u00e0 ce que votre travail soit \u00ab \u00e0 son go\u00fbt \u00bb, ou encore si un groupe d\u2019autres d\u00e9tenus veut s\u2019approprier quelque chose qui vous appartient. Parfois une assistance peut vous sauver un certain temps si vous \u00eates prot\u00e9g\u00e9 par une appartenance, ou un groupe qui parvient \u00e0 trouver un certain appui ou une commis\u00e9ration de la part d\u2019un civil.<\/p>\n\n\n\n<p>Une journ\u00e9e d\u2019un affect\u00e9 \u00e0 la terrasse, c\u2019est rester debout pr\u00e8s de 19 heures chaque jour, dont les huit heures pour le travail effectif \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du tunnel, le transport en train ou \u00e0 pied avec ses interminables attentes, et enfin d\u2019appel. A cela il faut ajouter les punitions, les corv\u00e9es additionnelles. Pour survive \u00e0 cet enfer, deux soupes, l\u2019une le matin au r\u00e9veil \u00e0 quatre heures, l\u2019autre le soir \u00e0 vingt et une heures. Bien des survivants diront que ce n\u2019 est cependant ni le froid polaire de cet hiver 1944-1945 sur leurs corps d\u00e9charn\u00e9s et nus, qu\u2019ils\u2019 efforcent parfois de prot\u00e9ger malgr\u00e9 son interdiction formelle, par le papier d\u2019emballage des sacs de ciment, ni l\u2019absence de nourriture apr\u00e8s qu\u2019une certaine accoutumance se soit malgr\u00e9 tout install\u00e9e, c\u2019est le manque de sommeil qui sera de toutes les cruaut\u00e9s la pire, pire que la <em>Schlage<\/em>, pire que les coups, pire que la corv\u00e9e de rail ou de ciment.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rythme est immuable : A 3 heures 30, le r\u00e9veil, c\u2019est se lever alors que le jour est loin de poindre, par un brutal <em>\u00ab <\/em>B.12<em>, Aufstehen, Aufstehen !<\/em> \u00bb debout.., sous les cris, les hurlements et la <em>Schlage<\/em>, qui ne cesseront que lorsque les d\u00e9tenus auront quitt\u00e9 le block. D\u2019abord s\u2019assurer de pouvoir se chausser et que les galoches qui servent d\u2019oreiller, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 vol\u00e9es pendant leur court sommeil. Le <em>\u00ab Stubensdienst \u00bb<\/em> d\u00e9signe alors ceux qui seront de corv\u00e9e de caf\u00e9. C\u2019est la bousculade pour s\u2019efforcer d\u2019obtenir, vers\u00e9 dans une boite de fer blanc, le \u00ab quart de caf\u00e9 \u00bb inf\u00e2me breuvage \u00e0 peine ti\u00e9dasse sans sucre ni ar\u00f4me, sous les cris du <em>Stubendienst <\/em>qui vont faire arr\u00eater la distribution par le \u00ab <em>Antreten . . Antreten<\/em> \u00bb qui donne le signal pour le rassemblement sur la place d\u2019Appel. Il est alors 4 heures 15. Tant pis pour ceux qui n\u2019ont pu \u00eatre servis. Car l\u2019appel du matin sur la place d\u2019appel se fait par n\u2019importe quel temps, qu\u2019il pleuve, qu\u2019il vente ou qu\u2019il neige. Align\u00e9s en front de 5 par les contrema\u00eetres, les <em>\u00ab Vorarbeiter \u00bb<\/em> aid\u00e9s des Kapos, les d\u00e9tenus sont conduits sur le quai d\u2019embarquement ,o\u00f9 ils vont attendre les wagons, g\u00e9n\u00e9ralement des wagons ouverts, qui vont les conduire vers le chantier B12. La f\u00e9rocit\u00e9 des allemands et de leurs \u00e9pigones tziganes contre les fran\u00e7ais et les officiers fran\u00e7ais est telle qu\u2019au premier jour de l\u2019arriv\u00e9e du convoi des 77.000, lors d\u2019un des premiers appels, il fut demand\u00e9 aux officiers sup\u00e9rieurs, de se faire conna\u00eetre, de s\u2019avancer et de prononcer leur num\u00e9ro matricule. Aussit\u00f4t ils furent extermin\u00e9s, \u00e0 coups de pelle donn\u00e9s par les \u00ab verts \u00bb pour les premiers et pour ceux qui y avaient pu, malgr\u00e9 cela survivre, par le travail aux rails dont chacun savait que personne ne pouvait y r\u00e9sister plus de quelques jours. Il n\u2019en r\u00e9sistera aucun. Le capitaine de Roys n\u2019\u00e9tait bien s\u00fbr plus le chef d\u2019escadron de Roys, encore moins le Michel de la R\u00e9sistance, il n\u2019\u00e9tait que le simple \u00ab Forestier \u00bb de Seine et Marne. Toutefois cela ne l\u2019avait pas pr\u00e9serv\u00e9 de l\u2019affectation dans les tunnels. Avant l\u2019embarquement, les SS aboient et aboient le fameux : <em>\u00ab M\u00fctze ab<\/em> \u00bb d\u00e9couvrez vous, qui oblige les d\u00e9tenus au cr\u00e2ne ras\u00e9 \u00e0 se d\u00e9couvrir, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019embarquement. Et c\u2019est le d\u00e9but de l\u2019attente des trains dans le froid glac\u00e9 et venteux, o\u00f9 ils ne peuvent que d\u00e9risoirement se serrer les uns contre les autres pour tenter de s\u2019en prot\u00e9ger, jusqu\u2019au moment o\u00f9, le train \u00e9tant enfin l\u00e0, pouss\u00e9s avec brutalit\u00e9, les <em>Haeftling<\/em> encore compt\u00e9s et recompt\u00e9s une fois de plus, embarquent autour de 7 heures, \u00e0 la gare d\u2019Ellrich, pour les 8 kilom\u00e8tres du trajet vers Woffleben.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les travailleurs du dehors.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s diff\u00e9rents arr\u00eats, le train d\u00e9barquera, en pleine voie, \u00e0 la gare de Woffleben, ceux des d\u00e9tenus affect\u00e9s \u00e0 ces travaux, d\u2019o\u00f9, de nouveau remis en colonne, compt\u00e9s et recompt\u00e9s encore une fois, ils marchent vers leur chantier, o\u00f9 g\u00e9n\u00e9ralement ils arrivent vers 6 heures du matin. Dans cette froide Allemagne d\u2019hiver, c\u2019est encore la nuit noire. Il faut un bon quart d\u2019heure pour arriver aux enclos barbel\u00e9s de B12, o\u00f9 ils doivent \u00eatre align\u00e9s par 5 pour y p\u00e9n\u00e9trer, avant que les diff\u00e9rents Kommandos de travail ne soient rassembl\u00e9s autour des panneaux num\u00e9rot\u00e9s, qui les ordonnanceront. Un officier SS dirige le chantier et donne les ordres aux Kapos qui vont organiser les Kommandos. <em>Les \u00ab Vorarbeiter \u00bb<\/em> suivront la matraque \u00e0 la main les \u00e9quipes tout au long du travail .Sadiquement, les SS les rendent aussi h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes que possible. On ne laisse pas les fran\u00e7ais entre eux. Il faut travailler avec un ukrainien ou un russe, en bin\u00f4me ou \u00e0 trois selon le travail \u00e0 faire, avec un tzigane ou un polonais. Pourtant les \u00e9quipes parviennent malgr\u00e9 tout \u00e0 rester souvent les m\u00eames, ce qui permet un peu de solidarit\u00e9 entre les d\u00e9tenus, si l\u2019un d\u2019eux ne la refuse pas. La journ\u00e9e de travail peut commencer ; pour ceux du dehors, elle va durer ses douze heures. Et \u00e0 la longue, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019amiti\u00e9s qui parfois se forment, des solidarit\u00e9s vont se cr\u00e9er. Les <em>Vorarbeiter<\/em> de chaque Kommando ont chacun en charge de surveiller environ 20 d\u00e9tenus. La <em>\u00ab Kolonne \u00bb,<\/em> la structure de travail, qui peut comprendre plusieurs \u00e9quipes, est dirig\u00e9e par un <em>\u00ab Meister \u00bb,<\/em> g\u00e9n\u00e9ralement un civil allemand. Selon les jours, on a de la chance ou non, selon le Kommando o\u00f9 l\u2019on est affect\u00e9. Travailler dehors pour ceux qui sont partis par le train des travailleurs du dehors, cela varie du d\u00e9chargement des wagons aux corv\u00e9es de brique, au tr\u00e8s redout\u00e9 portage des sacs de ciments de 50 kilos, souvent pesant plus que le poids du d\u00e9tenu, celui du transport des rails, le plus p\u00e9nible de tous, car il peut vous tuer dans une seule journ\u00e9e de travail. Il y a aussi ceux qui sont affect\u00e9s \u00e0 la construction des voies, d\u2019autres \u00ab \u00e0 la pioche \u00bb pour creuser des tranch\u00e9es ou des caniveaux, ceux enfin qui sont affect\u00e9s au transport du ciment produit par la b\u00e9tonneuse \u00e0 appliquer sur place ou \u00e0 transporter \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des tunnels. Dehors, le travail de douze heures, consid\u00e9r\u00e9 par les SS comme plus doux, ne comporte qu\u2019un arr\u00eat : A midi, un coup de sifflet annonce la soupe. Chaque Kommando doit revenir au panneau d\u2019o\u00f9 il \u00e9tait parti le matin. Un litre de mauvais liquide plus au moins \u00e9pais selon que l\u2019on est servi en haut du bidon, ou avec le fond : Rutabagas, \u00e9pluchures de choux ou de pommes de terre. Et puis quelquefois il y a \u00ab du rab \u00bb, le <em>\u00ab Nachschlag<\/em> \u00bb. C\u2019est alors la fr\u00e9n\u00e9sie, face au Kapo imperturbable qui choisira celui, ceux qui en seront les b\u00e9n\u00e9ficiaires, au d\u00e9sespoir path\u00e9tique des autres.. !<\/p>\n\n\n\n<p>Les anciens venus de Dora, ceux qui avaient surv\u00e9cu aux tunnels A et B et au creusement et \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement des salles gigantesques des usines implant\u00e9es, avaient expliqu\u00e9 que tout valait mieux que d\u2019\u00eatre \u00ab dedans \u00bb, o\u00f9 c\u2019\u00e9tait la mort certaine. Mais douze heures aux rails ou au ciment.. !!! ne laissaient non plus gu\u00e8re de chance de survie.<\/p>\n\n\n\n<p>Un seul espoir accompagne les travailleurs du dehors, au long de l\u2019interminable journ\u00e9e, l\u2019attente du sifflet du train venant de Nordhausen, entrant en gare de Woffleben, qui va les ramener aux blocks du camp. Enfin, vers 20 heures, apr\u00e8s douze heures pleines, c\u2019est la fin du travail et le rassemblement sur le quai d\u2019embarquement de Woffleben. Bien souvent, il faudra attendre des heures et des heures le train du retour au camp avec ses wagons d\u00e9couverts, car le train des d\u00e9tenus doit laisser passer d\u2019abord les trains de voyageurs puis les trains de marchandises ou de mat\u00e9riels. C\u2019est autant d\u2019heures qui sont prises au courtes nuits de sommeil. Chaque d\u00e9tenu du dehors, tout comme ceux des tunnels, doit avoir \u00e0 l\u2019\u00e9paule ou sur le ventre la pierre arrach\u00e9e aux galeries .Elle doit \u00eatre de taille suffisante. Leur mission est de combler l\u2019\u00e9tang du <em>Kleiner Pontel<\/em> au centre du camp, qui doit agrandir la place d\u2019appel. Si un Kapo remarque que la taille de la pierre est insuffisante, ce sont alors des coups de pelle ou de <em>Gummi<\/em>. Cette corv\u00e9e durera tout l\u2019hiver, et nombreux sont les d\u00e9tenus rest\u00e9s de travail au camp pendant la journ\u00e9e, qui doivent alors avant le retour de leur camarades, entrer dans l\u2019eau glac\u00e9e jusqu\u2019au ventre, pour arracher les rhizomes de roseaux dans le marais ou la vase de l\u2019\u00e9tang, pour que leurs cod\u00e9tenus revenant le soir d\u00e9posent alors les pierres dans la vase ou dans l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les travailleurs des tunnels.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dedans.. Dedans, ils sont partis par un autre train : Le travail est si p\u00e9nible qu\u2019il doit se faire en trois <em>\u00ab Schicht \u00bb,<\/em> trois \u00e9quipes de huit heures de travail chacune. Dedans, c\u2019est travailler dans ce froid humide qui vous glace, dans le bruit assourdissant, qui strille, qui vibre, qui r\u00e9sonne dans la poussi\u00e8re effroyable du tunnel. Ceux qui embauchent, en croisant ceux qui d\u00e9bauchent, savent que les seuls moments de r\u00e9pit seront ceux des phases d\u2019explosions, lorsque pour faire exploser les mines ou la dynamite, les gardiens feront rapidement \u00e9vacuer pour un court instant, le tunnel ou ses galeries. Encore quelques m\u00e8tres et il faudra quitter l\u2019air libre. A l\u2019entr\u00e9e du tunnel un embranchement ferroviaire avec des wagons en attente. Il y flotte d\u00e9j\u00e0 en permanence une ambiance de fum\u00e9e \u00e9paisse blanch\u00e2tre, partie venant de l\u2019int\u00e9rieur du tunnel, partie des wagonnets que l\u2019on renverse pour charger les wagons des pierres et des cailloux blancs; la poussi\u00e8res d\u2019anhydrite vient de cette montagne attaqu\u00e9e d\u2019abord \u00e0 l\u2019explosif ou par les longues m\u00e8ches foreuses des marteaux piqueurs pneumatiques. L\u2019atmosph\u00e8re produite par les explosions des mines ou par les puissantes machines pneumatiques qui, 24 heures sur 24, attaquent au lourd martellement de l\u2019air comprim\u00e9 la roche blanch\u00e2tre, est en permanence irrespirable. L\u2019obscurit\u00e9 est presque compl\u00e8te : Car dans les tunnels du B12, il n\u2019y a ni jour ni nuit. Les rares luminaires accroch\u00e9s aux parois ne parviennent qu\u2019\u00e0 fabriquer une vague lueur \u00e9teinte par les fum\u00e9es des poussi\u00e8res. Les <em>Vorarbeiter<\/em> conduisent les \u00e9quipes \u00e0 leurs postes : Il y a ceux qui sont nomm\u00e9s au front de taille, les \u00ab privil\u00e9gi\u00e9s \u00bb, les autres sont aux wagonnets : On ne peut changer de poste durant la journ\u00e9e. A peine install\u00e9s ou revenus \u00e0 leur poste, les <em>Haeftling<\/em> du front de taille doivent imm\u00e9diatement arracher les pierres blanches des monticules cr\u00e9\u00e9s par les explosions de dynamite, ou les br\u00e8ches des marteaux pneumatiques. Ceux du convoyage doivent alors charger ces pierres \u00e0 la pelle sur les wagonnets Decauville, qu\u2019il leur faut ensuite pousser vers la sortie du tunnel .Les rails g\u00e9n\u00e9ralement mal pos\u00e9s sur un sol al\u00e9atoire et d\u00e9form\u00e9 guident douteusement les lourds wagonnets, trop souvent mal \u00e9quilibr\u00e9s qui parfois se renversent..<\/p>\n\n\n\n<p>Malheur \u00e0 celui qui prend dans sa pelle des morceaux de roche trop petits, ou \u00e0 un rythme trop lent. Imm\u00e9diatement le <em>Vorarbeiter<\/em>, le pousse, l\u2019insulte, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un Kapo vienne lui donner du<em> \u00ab Gummi \u00bb,<\/em> ce c\u00e2ble \u00e9lectrique de cuivre entour\u00e9 de caoutchouc ou de la <em>Schlage<\/em> aussi longtemps qu\u2019il n\u2019est pas tomb\u00e9 ensanglant\u00e9 et inerte sur le sol. Et il lui faut reprendre le travail sans s\u2019arr\u00eater faute de recevoir une nouvelle correction. Pas de nourriture bien s\u00fbr, de toute la journ\u00e9e, sauf quelque petit morceau de pain que le d\u00e9tenu aura pu cacher dans ses hardes pendant la nuit, s\u2019il a pu r\u00e9sister \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de le manger lors de sa distribution, et surtout s\u2019il a pu le cacher pendant les heures de travail \u00e0 l\u2019avidit\u00e9 et au vol d\u2019un russe ou d\u2019un tsigane, toujours pr\u00eats \u00e0 d\u00e9pouiller les autres d\u00e9tenus, en s\u2019y mettant \u00e0 plusieurs parfois pour l\u2019attaquer par surprise, s\u2019ils savent que le d\u00e9tenu a cach\u00e9 quelque chose. Pour boisson, les failles du tunnel laissent toujours passer le suintement d\u2019un peu d\u2019eau, parfois des flaques, qu\u2019ils boivent subrepticement dans le creux de leurs mains.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre ce bruit incessant, assourdissant, il ne sera jamais possible d\u2019\u00f4ter la poussi\u00e8re qui marque les yeux, la bouche, le nez. Elle s\u2019infiltre et colle partout, sur les jambes souvent souill\u00e9es par l\u2019\u00e9coulement permanent de ceux qui souffrent de dysenterie. Pourtant ces conditions abominables et extr\u00eames vont encore brutalement empirer avec l\u2019arriv\u00e9e de la pluie et des chutes de neige. A la fin du travail, fant\u00f4mes enfarin\u00e9s de cette poussi\u00e8re blanche gluante, il leur faudra eux aussi charger \u00e0 l\u2019\u00e9paule ou sous le bras, les pierres pour le remblaiement du <em>Kleiner Pontel<\/em> . Pourtant dans l\u2019enfer du tunnel, il y aura quand m\u00eame quelques \u00ab privil\u00e9gi\u00e9s \u00bb,ceux qui auront pu \u00e9viter \u00ab la terrasse \u00bb en se faisant embaucher comme \u00e9lectriciens dans les Kommandos AEG ou ceux qui pourront pour quelques semaines \u00eatre affect\u00e9s \u00e0 la forge o\u00f9 les barres \u00e0 mines doivent \u00eatre reprises, quand ce n\u2019est pas dans des petits ateliers de m\u00e9canique ou des magasins de pi\u00e8ces de rechanges. Ceux l\u00e0 vont retrouver leurs camarades, lorsqu\u2019ils sortent enfin du tunnel, en croisant l\u2019\u00e9quipe qui vient les remplacer. C\u2019est alors l\u2019interminable retour, \u00e0 pied d\u2019abord, l\u2019attente \u00e0 la gare de Woffleben de l\u2019arriv\u00e9e du train, le d\u00e9barquement \u00e0 Ellrich, soit pour un peu de repos, soit directement pour l\u2019appel. Car pour ceux du dehors comme pour ceux du dedans, avec le soir, c\u2019est encore et encore l\u2019appel: L\u2019appel, celui du soir surtout, o\u00f9 il faut \u00eatre align\u00e9 block par block sur l\u2019<em>Appellatz<\/em>, reste toujours le pire moment de l\u2019interminable journ\u00e9e, pire encore que le travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Un t\u00e9moignage de Charles Spitz \u00e0 Dora explique cette proc\u00e9dure de l\u2019appel identique \u00e0 Ellrich. \u00ab Le soir, il fallait pr\u00e9parer l\u2019appel. C\u2019\u00e9tait la grosse affaire. L\u2019<em>Appelbuch<\/em> (le cahier d\u2019appel) \u00e9tait divis\u00e9 en deux parties. A gauche, une page destin\u00e9e \u00e0 recevoir les matricules des entrants et sortants, de ceux qui \u00e9taient malades au Block et de ceux qui \u00e9taient au Bunker. La page de droite servait pour trois jours. Il fallait faire figurer l\u2019effectif th\u00e9orique et l\u2019effectif r\u00e9el, avec une justification ad\u00e9quate pour les diff\u00e9rences entre les deux. On n\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s que le <em>Blockf\u00fchrer SS<\/em> e\u00fbt sign\u00e9, au bas du cadre de la journ\u00e9e, le compte rendu de l\u2019effectif. Et c\u2019est quand tous les blocks avaient leur quitus que l\u2019appel pouvait enfin se terminer. \u00bb. Cette proc\u00e9dure d\u2019appel quotidienne, laiss\u00e9e au gr\u00e9 des Kapos et des SS, pouvait durer autant que leur sadisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>C\u2019est dans la journ\u00e9e de travail que se construit la mort, pour celui qui ne sait trouver un autre chemin. C\u2019est dans les blocks que se construit la survie<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019appel du soir termin\u00e9, c\u2019est enfin le retour au block : la soupe du soir, si la longueur de l\u2019appel ne l\u2019a pas fait supprimer et le sommeil, dormir\u2026 enfin dormir, \u00e0 trois par ch\u00e2lit sous une maigre couverture, en faisant surtout attention \u00e0 ne pas se faire voler dans ce sommeil les rares choses que l\u2019on poss\u00e8de encore, \u00e0 commencer par la plus essentielle : les galoches Se laver sera une utopie. Le camp, malgr\u00e9 ses baraques de douches, ne poss\u00e8de quasiment plus d\u2019eau, du moins pas pour les d\u00e9tenus, qui vont devoir rester des mois sans pouvoir se laver. Malgr\u00e9 cela les quelques heures dans le block, o\u00f9 se distribuait la maigre pitance, o\u00f9 il y aura toujours un peu de chaleur thermique gr\u00e2ce \u00e0 un maigre po\u00eale, o\u00f9 il y aura surtout de la chaleur humaine, parce que ces \u00eatres morts en sursis pouvaient enfin se retrouver entre eux, permettaient, par quelques instants de r\u00e9pit, la possibilit\u00e9 d\u2019un peu de <strong>SURVIE<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>La Survie, il faut l\u2019organiser d\u2019abord dans les blocks. Elle se construit \u00e0 chaque instant, dans chaque instant. Cette Survie dans les blocks, elle commence avec ses deux distributions de nourriture celle du matin celle du soir: Survivre, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 se pr\u00e9cipiter, le premier si possible, au milieu du block, d\u00e8s le lever, \u00e0 celle du matin, si l\u2019on veut recevoir, brutalement distribu\u00e9 par le <em>Blockkapo<\/em> aid\u00e9 de ses <em>Stubendienst<\/em>, le fameux un quart de boisson dite caf\u00e9, noir\u00e2tre sans go\u00fbt et bien s\u00fbr non sucr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Survivre, c\u2019est \u00eatre suffisamment t\u00f4t et suffisamment organis\u00e9, sinon prot\u00e9g\u00e9 \u00e0 celle du soir, apr\u00e8s l\u2019appel : Un litre de soupe de rutabagas ou d\u2019\u00e9pluchures, qu\u2019il faut consommer tout de suite. Au d\u00e9but et jusqu\u2019\u00e0 mi-d\u00e9cembre 1944, elle sera compl\u00e9t\u00e9e par les 400 grammes de pain quotidien parfois am\u00e9lior\u00e9s d\u2019un morceau de margarine. Cela ne durera gu\u00e8re pour les 77000 : D\u00e8s la fin octobre, cela sera plus destructeur encore, car la distribution de pain sera d\u2019abord r\u00e9duite puis supprim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent et les <em>Haefting<\/em> peuvent, pour quelques heures bien courtes, dormir<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sera dans ces moments du soir, que le Capitaine de Roys va donner toute sa mesure et faire l\u2019admiration de tous : Chr\u00e9tien, profond\u00e9ment croyant, ayant emport\u00e9 avec lui et ayant pu la garder jusqu\u2019au camp de Dora son <em>\u00ab Imitation de J\u00e9sus Christ<\/em> \u00bb, il comprend que face \u00e0 l\u2019indicible, face \u00e0 ce syst\u00e8me qui transforme l\u2019homme en esclave pour l\u2019amener \u00e0 devenir quasiment un animal, tant le syst\u00e8me SS s\u2019efforce de le d\u00e9shumaniser au-del\u00e0 de toute contingence, il n\u2019y a que Dieu, le service des autres, le service de ses camarades pour les aider \u00e0 se mettre dans la main de Dieu, qui peut les sauver. Seul l\u2019amour et le service des autres, en se proclamant et s\u2019\u00e9tablissant plus fort que la haine, peut redonner aux malheureux d\u00e9tenus, aux <em>Haeftlings<\/em> destin\u00e9s par les Kapos \u00e0 devenir des b\u00eates, leur humanit\u00e9 et les conduire par del\u00e0 mort quasiment certaine qui a frapp\u00e9 la majorit\u00e9 d\u2019entre eux, au chemin de la dignit\u00e9 et de la r\u00e9surrection. Depuis Buchenwald, depuis Dora, il n\u2019y a plus ni Pr\u00eatre, ni Pasteur ni religieux d\u2019une quelconque religion. Au camp d\u2019Ellrich, pas un n\u2019aurait pu survivre un seul instant : Imm\u00e9diatement d\u00e9nonc\u00e9, il aurait \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9 \u00e0 coup de <em>Gummi <\/em>ou de pelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette angoisse, dans cet \u00e9puisement du soir, il va aller de ch\u00e2lit en ch\u00e2lit porter quelques mots d\u2019espoir et de pri\u00e8re \u00e0 Dieu, \u00e0 ceux de ses camarades qu\u2019ils soient croyants, d\u2019une autre religion ou incroyants, en esp\u00e9rant que ce peu de r\u00e9confort va apaiser leur nuit. Il sait qu\u2019Ellrich n\u2019est qu\u2019une autre forme de ces pers\u00e9cutions semblables \u00e0 celles des premiers temps de la Chr\u00e9tient\u00e9, o\u00f9 sans pr\u00eatres ni diacres, les pers\u00e9cut\u00e9s, les condamn\u00e9s priaient ensemble, se confessaient ensemble, les uns les autres, avant d\u2019affronter la mort, une mort souvent aussi cruelle que celle des camps nazis. Dieu alors donnait la force \u00e0 ces premiers chr\u00e9tiens, par ces la\u00efques de se mettre aux service des autres. Le capitaine de Roys sait que cette souffrance est un appel. Il lui faut aller jusqu\u2019au bout de sa vie de Chr\u00e9tien par ce service des autres. Apr\u00e8s le r\u00e9confort qu\u2019il s\u2019efforce d\u2019apporter le soir, d\u00e8s que le lever for\u00e7ait les d\u00e9tenus encore \u00e9puis\u00e9s \u00e0 se remettre en marche, au lieu du traditionnel bonjour que souvent les d\u00e9tenus s\u2019\u00e9changeaient pour tenter de se r\u00e9chauffer, ce sera au son d\u2019un <strong>VIVE DIEU<\/strong>, de toute la voix possible que son affaiblissement lui laissera, qu\u2019il saluera un par un ses camarades de block. Ce \u00ab Vive Dieu \u00bb que Ren\u00e9 de Roys jetait chaque matin, c\u2019\u00e9tait l\u2019affirmation sans rel\u00e2che que la vie livre un combat qu\u2019elle n\u2019a jamais perdu. Il osera m\u00eame par solidarit\u00e9, lorsqu\u2019il voit un d\u00e9tenu frapp\u00e9 par un Kapo, le saluer fraternellement d\u2019un nouveau \u00ab Vive Dieu \u00bb, pour montrer combien \u00e9tait d\u00e9risoire ,cette brutalit\u00e9 inutile et absurde.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jours vont succ\u00e9der aux jours, chacun emportant avec lui le d\u00e9part d\u2019un camarade, mort de mis\u00e8re, de mauvais traitements. Fin septembre 1944, un autre nouveau matin, une nouvelle journ\u00e9e de travail au Tunnel: La pluie lourde et continue qui s\u2019installe dans cette seconde moiti\u00e9 de septembre va transformer le tunnel en cloaque boueux. A son entr\u00e9e, la marche et l\u2019effort deviennent de plus en plus difficiles pour les d\u00e9tenus dont les galoches de bois bricol\u00e9es collent, adh\u00e8rent alors au sol, emp\u00eachent un appui convenable. Lorsqu\u2019ils rentrent le soir, ils sont recouvert de cette boue blanche qui les englue, comme s\u2019ils s\u2019\u00e9taient roul\u00e9s dans une farine, les transformant en Pierrots lunaires et fam\u00e9liques.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9but octobre la journ\u00e9e de travail sera raccourcie de deux heures, mais les rations journali\u00e8res aussi : 400 ou m\u00eame seulement 300 grammes, en une seule fois avec l\u2019octroi de la soupe du soir au block .La nuit d\u2019octobre tomb\u00e9e tr\u00e8s t\u00f4t entra\u00eene avec elle les premiers froids s\u00e9v\u00e8res. Malgr\u00e9 le froid devenu intense, la vermine, surtout les poux se mettent \u00e0 pulluler. C\u2019est alors dans le seul camp d\u2019Ellrich, sans pouvoir expliquer la raison, que le manque de v\u00eatement appara\u00eet, s\u2019installe et va s\u2019amplifier tr\u00e8s vite : Les premiers prisonniers apparaissent sans aucun v\u00eatement, c&rsquo;est-\u00e0-dire totalement nus, ce seront les <em>\u00ab Ohne Kleider<\/em> \u00bb . Comment est ce arriv\u00e9 ? Les <em>Schreiber<\/em> le notent soigneusement vers le 15 octobre: En premier, ce seront ceux qui sont \u00ab au repos \u00bb au <em>Sch\u00f6nung<\/em>. L\u2019autorit\u00e9 du camp d\u00e9cide : Les d\u00e9tenus, quand ils sont au repos, n\u2019ont pas besoin de v\u00eatements, et de plus, ils n\u2019ont alors droit qu\u2019\u00e0 une demi ration de nourriture. Les premiers \u00ab sans v\u00eatements \u00bb seront les fran\u00e7ais et les belges entr\u00e9s au <em>Sch\u00f6nung<\/em> d\u00e8s la fin septembre.<\/p>\n\n\n\n<p>Fin octobre, les exc\u00e8s, mais plus t\u00f4t l\u2019inefficacit\u00e9 de Fritsch seront tels, que la direction de <em>Mittelraum<\/em> le fait remplacer par le capitaine Stoelzer, autre <em>Hstuf<\/em> SS venant de Dora. La maltraitance des d\u00e9tenus est chose n\u00e9gligeable, mais le travail aux tunnels doit \u00eatre fait\u2026 !! Quand Stoelzer arrive au camp, l\u2019effectif est alors \u00e0 son maximum de 7957 d\u00e9tenus, mais il y a aussi trois b\u00e2timents d\u2019infirmerie.. !! pour 22 blocks de \u00ab z\u00e9br\u00e9s \u00bb. Les plus chanceux des malades ont pu quitter les infirmeries bond\u00e9es et embarquer, s\u2019il reste de la place, dans le camion de transport quotidien des cadavres \u00e0 incin\u00e9rer vers Dora, o\u00f9 ils ont obtenu la permission d\u2019int\u00e9grer le <em>Revier<\/em>. C\u2019est souvent pour eux la Survie. La barbarie, l\u2019inhumanit\u00e9 ne reculeront pas pour autant.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec un froid de vent et d\u2019humidit\u00e9, l\u2019automne va tr\u00e8s peu durer dans cette r\u00e9gion sud du Harz, annon\u00e7ant un hiver pr\u00e9coce et rude. La neige commencera \u00e0 tomber d\u00e8s le 4 novembre 1944 et se maintiendra jusqu\u2019en avril 1945 alors que la temp\u00e9rature passe tr\u00e8s rapidement en dessous de z\u00e9ro. En d\u00e9cembre et en janvier, elle sera stable entre moins dix et moins vingt degr\u00e9s. Dans ces conditions extr\u00eames, les d\u00e9port\u00e9s ne sont gu\u00e8re \u00e9gaux : Les prisonniers des territoires de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, russes ou ukrainiens, sont habitu\u00e9s depuis leur prime enfance au froid extr\u00eame et durable, \u00e0 se laver nus dans la neige, \u00e0 manger peu. Les fran\u00e7ais, les citadins surtout, craignent le froid, leur estomac les a habitu\u00e9s \u00e0 une nourriture substantielle m\u00eame pour les plus modestes d\u2019entre eux. Alors dans cette course \u00e0 la survie, les jeux ne sont pas les m\u00eames, d\u2019autant que, pour beaucoup de d\u00e9tenus , les valeurs morales ne sont pas du m\u00eame ordre. La mortalit\u00e9, les affectations au <em>Revier<\/em> ou au <em>Schoenung<\/em>, les changements de blocks, sont autant d\u2019opportunit\u00e9s pour trafiquer ou racketter une portion de soupe suppl\u00e9mentaire: On cache \u00e0 la vigilance du <em>Kapo Schreiber<\/em> qui tient avec minutie le nombre des d\u00e9tenus ayant droit de recevoir la soupe, un cadavre plusieurs jours sans le d\u00e9clarer, on fait para\u00eetre un manquant, on trafique des num\u00e9ros matricules que l\u2019on s\u2019attribue, et plus terriblement encore, on s\u2019approprie la soupe de celui qui, en train de mourir, est trop faible pour aller chercher sa pauvre pitance, ce qui va encore acc\u00e9l\u00e9rer sa mort. La recherche de nourriture est une telle priorit\u00e9 que nombreux seront les clans organis\u00e9s pour s\u2019attaquer aux plus faibles, un instant isol\u00e9s et les d\u00e9pouiller d\u00e8s que possible de leur maigre pitance ou de leurs v\u00eatements. Les tziganes sont reconnus comme les pires.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mois de novembre va marquer un palier suppl\u00e9mentaire \u00e0 l\u2019horreur. Le <em>Ustuff<\/em> Stoelzer d\u00e9clarera : <em>Ceux qui ne travaillent pas seront nus. Donc ceux qui ne sont pas ou ne vont pas au travail doivent donner tous leurs v\u00eatements<\/em>. M\u00eame ceux qui reviennent du travail doivent donner leur v\u00eatements \u00e0 ceux qui y partent. A cette situation tragique, les polonais et les russes se montreront d\u00e9brouillards, par contre les fran\u00e7ais et les belges se pr\u00e9senteront aux appels du matin et du soir quasiment nus Tr\u00e8s certainement le capitaine de Roys, habitant alors du block 4 a du faire partie des 250 premiers \u00ab nudistes \u00bb du d\u00e9but novembre 1944.<\/p>\n\n\n\n<p>Mi &#8211; novembre, alors que le gel est install\u00e9, le manque de v\u00eatement rend n\u00e9cessaire une nouvelle instruction renforc\u00e9e des SS, que seuls ceux qui vont travailler \u00e0 B12 ou B3 puissent \u00eatre v\u00eatus. Ceux qui restent au camp, m\u00eame pour du travail local, sont nus, jusqu\u2019\u00e0 ce que les travailleurs revenant des chantiers leur c\u00e8dent \u00e0 leur tour leurs v\u00eatements. Insensible, la bureaucratie allemande en fait le compte, tenant avec pr\u00e9cision la liste de ceux qui sont v\u00eatus et de ce ceux qui ne le sont pas :<\/p>\n\n\n\n<p>4 novembre1944 : 464 intern\u00e9s sans v\u00eatements<\/p>\n\n\n\n<p>3 janvier 1945 : 1487 intern\u00e9s sans v\u00eatements sur un total de 7.055<\/p>\n\n\n\n<p>Les habitants de la ville d\u2019Ellrich et des localit\u00e9s circonvoisines, les usagers des lignes de Chemin de fer qui, venant de Magdebourg ou de Braunschweig vers Nordhausen ou Weimar, traversent n\u00e9cessairement Ellrich, ne peuvent pas ne pas voir ces centaines de d\u00e9tenus, fam\u00e9liques et d\u00e9charn\u00e9s, totalement nus, qui errent dans la neige du camp \u00e0 si faible distance en contre bas de leurs habitations ou des voies. Les interminables s\u00e9ances sur la place d\u2019appel m\u00ealeront les blocks v\u00eatus et les blocks d\u00e9v\u00eatus. Novembre 1944, c\u2019est aussi la fin de l\u2019eau courante dans le camp, car les canalisations ont gel\u00e9 ; elles ne d\u00e9g\u00e8leront plus pendant pr\u00e8s de trois mois, laissant les d\u00e9tenus sans eau potable ; il faudra qu\u2019ils boivent l\u2019eau du <em>Pontel <\/em>ou celle des flaques, augmentant encore les ravages de la dysenterie.<\/p>\n\n\n\n<p>La duret\u00e9 du travail, l\u2019horreur de l\u2019environnement, la brutalit\u00e9 et les coups, le froid, la faim, la mis\u00e8re, construisent chaque jour une mortalit\u00e9 toujours plus significative. Les plus faibles, bien s\u00fbr, se laissent mourir ; pour eux il n\u2019y a aucune chance. Les plus forts se battent autant qu\u2019ils le peuvent, cherchent les solutions pour survivre. Bien s\u00fbr, le prix de la survie est d\u2019abord dans la recherche d\u2019un peu plus de nourriture, d\u2019un peu moins de sanctions et de coups, mais surtout dans un travail moins exigeant que la travail de terrassier de base, qui lui ne laisse aucune chance dans la dur\u00e9e. Ceux qui vont survivre seront ceux l\u00e0 qui auront pu se nourrir, se v\u00eatir un peu plus que leurs cong\u00e9n\u00e8res, dormir davantage, trouver le travail qui n\u2019\u00e9puisera pas l\u2019organisme au-del\u00e0 de sa plus extr\u00eame limite.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y aussi l\u2019infirmerie : le <em>Revier <\/em>ou la dispense d\u2019aller au travail : le <em>Sch\u00f6nung<\/em>. Pour certains ce sera la solution, pour d\u2019autres au contraire, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration vers la mort. L\u00e0 aussi, il n\u2019y aura pas \u00e9galit\u00e9. Il y a diff\u00e9rents <em>Revier<\/em> avec diff\u00e9rents m\u00e9decins et diff\u00e9rents Kapos infirmiers et un diff\u00e9rent contr\u00f4le par les SS.<\/p>\n\n\n\n<p>Entrer au Revier c\u2019est tout d\u2019abord un exploit. Pour y acc\u00e9der, un seul crit\u00e8re : la fi\u00e8vre :Il fallait au moins 39 \u00b0. Etienne Lafond Mazurel qui y entre le 3 novembre 1944 \u00e9crira : \u00ab L\u2019infirmier &#8211; chef Heinz qui portait le triangle rose des p\u00e9d\u00e9rastes, \u00e9tait un boucher. C\u2019est le mot pour le d\u00e9finir au physique comme au moral ; Combien moururent pas sa faute, que l\u2019on faisait sortir le matin pour retourner au travail\u2026 Au dessus de lui le Kapo, un allemand de droit commun, qui comme lui d\u00e9testait les fran\u00e7ais. Selon ses propres paroles, un \u00e9tudiant en m\u00e9decine \u00e9tait juste bon \u00e0 savonner une barbe. Un boucher allemand lui connaissait l\u2019anatomie et \u00e9tait capable de r\u00e9ussir les op\u00e9rations les plus difficiles. Combien de bons m\u00e9decins fran\u00e7ais n\u2019a-t-il pas gifl\u00e9 devant les malades.. \u00bb. Parmi ces m\u00e9decins fran\u00e7ais ,deux vont \u00eatre admirables et se d\u00e9vouer corps et \u00e2mes \u00e0 leurs malades sans autres moyens que des cachets dont ils ne savaient pas toujours ce qu\u2019ils pouvaient repr\u00e9senter, les docteurs Stillard et Segelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui quittaient le Revier pour une convalescence int\u00e9graient Le <em>Sch\u00f6nung<\/em> : Pour y acc\u00e9der il fallait avoir re\u00e7u du m\u00e9decin du <em>Revier<\/em> le papier sign\u00e9 qui vous y envoyait. La baraque du Block Schonung est divis\u00e9e en trois salles: Une salle pour les convalescents, une autre pour les op\u00e9r\u00e9s ,une troisi\u00e8me pour ceux dont l\u2019\u00e9tat est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 : Ces derniers, qui ne re\u00e7oivent presque plus de nourriture, meurent dans une salet\u00e9 \u00e9pouvantable : Chaque matin, leurs cadavres vont \u00eatre jet\u00e9s par la fen\u00eatre, d\u2019o\u00f9 ils sont transport\u00e9s par les d\u00e9tenus croque- mort, sur une charrette \u00e0 bras jusqu\u2019au tas de cadavres, apr\u00e8s qu\u2019on leur ait arrach\u00e9 leurs dents en or . \u00ab Entrer au <em>Blockschonung<\/em>, \u00e9crira un soldat allemand du camp, c\u2019est donner tous ses v\u00eatements, c\u2019est recevoir sur la poitrine le marquage \u00e0 l\u2019encre de son num\u00e9ro matricule, c\u2019est montrer ses dents pour faire le compte des dents en or \u00bb. Chaque jour le camion qui part chercher les nouveaux d\u00e9tenus destin\u00e9s \u00e0 compl\u00e9ter une partie des effectifs du camp qui n\u2019arrivent pas par le train de Buchenwald, emm\u00e8ne ces cadavres au Cr\u00e9matoire de Dora, o\u00f9 ils seront incin\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>No\u00ebl 1944. No\u00ebl repr\u00e9sente toujours un espoir ; g\u00e9n\u00e9ralement m\u00eame dans les camps comme Buchenwald ou Dora, les allemands pour qui la f\u00eate de No\u00ebl est un rite premier et immuable donnent un peu de repos le jour de No\u00ebl. A Ellrich ce No\u00ebl 1944, s\u2019il n\u2019y aura pas de d\u00e9placement au B3,au B11 ou au B12, le Hustuf Stoelzer le marquera quand m\u00eame par un appel ext\u00e9nuant : Alors que la neige couvre la place d\u2019appel, ce sera en ce dimanche glacial, plus de huit heures pendant lesquelles les d\u00e9tenus seront compt\u00e9s et recompt\u00e9s, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les SS acceptent de se retirer. Beaucoup de d\u00e9tenus vont mourir ce jour l\u00e0, pendant l\u2019appel aux pieds m\u00eame de leurs bourreaux. La statistique depuis l\u2019arriv\u00e9e des 77.000 est effrayante . Malgr\u00e9 cela, un espoir fou vient sortir \u00e0 la fin d\u00e9cembre les <em>Haeftling<\/em> d\u2019Ellrich de leur mis\u00e8re. Les troupes alli\u00e9es et en particulier les troupes fran\u00e7aises du G\u00e9n\u00e9ral de Lattre de Tassigny qui avaient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 en Allemagne se rapprochaient de Kassel. La lib\u00e9ration serait elle proche ? Les nouvelles que donnait \u00ab la radio du camp \u00bb cr\u00e9aient un jour l\u2019espoir, un autre l\u2019abattement, sur les d\u00e9tenus comme sur les soldats de la <em>Luftwaffe<\/em>, qui g\u00e9n\u00e9ralement les apportaient aux d\u00e9tenus. Pourtant malgr\u00e9 l\u2019\u00e9tat d\u00e9sastreux de l\u2019effectif des d\u00e9tenus, la m\u00e9diocrit\u00e9 des r\u00e9sultats des travaux du chantier B12, la SS d\u00e9cr\u00e8te une nouvelle priorit\u00e9 au chantier B11,qui est destin\u00e9 \u00e0 abriter les futures usines de carburant Kuckuck I et Kuckuk II. Beaucoup des d\u00e9tenus de B12 vont essayer alors de se faire transf\u00e9rer dans ces \u00e9quipes, o\u00f9 parait il le travail serait moins dur : Rester au B12, c\u2019est l\u2019impossibilit\u00e9 absolue de survivre, dans cet hiver terrible 1944-1945.Fortement affaibli, Ren\u00e9 de Roys n\u2019aura peut \u00eatre m\u00eame plus la force de se battre pour cette nouvelle affectation qui aurait peut \u00eatre, si elle avait \u00e9t\u00e9 possible plus t\u00f4t, pu le sauver.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sera certainement la journ\u00e9e du 13 janvier 1945 qui condamnera d\u00e9finitivement le capitaine de Roys \u00e0 sa mort. La temp\u00e9rature \u00e9tait tomb\u00e9e en dessous de moins vingt degr\u00e9s. La journ\u00e9e avait commenc\u00e9 sur la place d\u2019appel, o\u00f9 en plein vent, il avait subi un interminable comptage de ceux qui sont l\u00e0, de ceux qui ne sont pas l\u00e0 et qu\u2019il faut identifier, morts que certains veulent bien s\u00fbr cacher encore pour b\u00e9n\u00e9ficier de leur ration de soupe, retardant d\u2019autant le d\u00e9part vers le travail au B12.<\/p>\n\n\n\n<p>Vid\u00e9 par la dysenterie, il sait qu\u2019il ne peut aller au travail. Il parvient \u00e0 retourner au block, o\u00f9 il attend de pouvoir int\u00e9grer l\u2019infirmerie sur-bond\u00e9e qui ne peut accueillir des vivants que si les morts en sont sortis. Le 14 janvier, Ren\u00e9 de Roys y est enfin accept\u00e9. En y rentrant, il doit bien s\u00fbr donner les loques que sont ses pauvres v\u00eatements. Des camarades l\u2019aident \u00e0 int\u00e9grer le ch\u00e2lit de planches non \u00e9quarries : trois personnes, avec une seule couverture pour trois. Les camarades qui l\u2019ont accompagn\u00e9 demandent au <em>Schreiber,<\/em> le papier sign\u00e9 qui va indiquer que le matricule 77.722 n\u2019est plus au block III, mais au <em>Revier.<\/em> Ren\u00e9 de Roys sait que le temps est arriv\u00e9. Il est devenu un <em>Muselmann<\/em>, en fran\u00e7ais un <strong>musulman<\/strong>, comme bien d\u2019autres qu\u2019il s\u2019est efforc\u00e9 d\u2019aider pendant ces mois au camp, une d\u00e9tenu arriv\u00e9 au bout de ses forces, au bout de lui m\u00eame et qui n\u2019a plus d\u2019espoir de survie. Il a salu\u00e9 nombre de ses camarades une derni\u00e8re fois, comme si rien de particulier ne lui arrivait. Entr\u00e9 \u00e0 l\u2019infirmerie, il devient l\u2019un des 436 comptabilis\u00e9s ce jour l\u00e0 comme <strong>sans v\u00eatements<\/strong>. Trois jours plus tard, le 17 janvier 1945, la statistique du Scheiber du camp pr\u00e9cisera :<\/p>\n\n\n\n<p>Temp\u00e9rature : \u201320 degr\u00e9s C.,<\/p>\n\n\n\n<p>Effectif au camp : 6.425 d\u00e9tenus<\/p>\n\n\n\n<p>Malades au Revier : 453 dont 161 v\u00eatus<\/p>\n\n\n\n<p>Dispens\u00e9s au Sch\u00f6nung : 1.113, tous sans v\u00eatements<\/p>\n\n\n\n<p>Invalides (transport): 425, tous sans v\u00eatements<\/p>\n\n\n\n<p>Total : 1796 sans v\u00eatements<\/p>\n\n\n\n<p>Deux m\u00e9decins fran\u00e7ais, arriv\u00e9s au tout d\u00e9but de l\u2019\u00e9tablissement de l\u2019infirmerie du camp d\u2019Ellrich, les docteurs Stillard et S\u00e9gelles, parvenus \u00e0 se \u00ab qualifier \u00bb m\u00e9decins soignants du camp d\u2019Ellrich et surtout \u00e0 se maintenir pour soigner les malades ne pouvaient rien faire d\u2019autre que de dispenser un extraordinaire d\u00e9vouement et de faire le diagnostic des souffrances et des affections, g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019une des quatre : Pleur\u00e9sie, tuberculose, dysenterie, \u00e9puisement. Ils ne disposaient d\u2019aucun m\u00e9dicament sinon parfois quelques cachets pas toujours identifiables.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout va aller tr\u00e8s vite. Les deux m\u00e9decins qui avaient appris son entr\u00e9e \u00e0 l\u2019infirmerie vinrent le voir. Ils ne peuvent rien lui donner, mais ils voient tout de suite que c\u2019est la fin. Ils se souviendront toujours de ce regard si fort et si souriant, qui \u00e9claire des yeux que la maigreur du visage rend d\u00e9mesur\u00e9s. Immobile, silencieux, Ren\u00e9 de Roys prie avec toute la force de son \u00e2me Dieu qu\u2019il sait proche et qui va l\u2019accueillir, de prot\u00e9ger ses camarades du camp et de veiller sur sa famille et aussi de pardonner \u00e0 ses bourreaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Personne ne saura \u00e0 quel moment de ce 18 Janvier 1945, il aura rendu l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain 19 Janvier 1945, le camion quotidien chargera son cadavre avec ceux des d\u00e9tenus morts avec lui, et le conduira au Cr\u00e9matoire de Dora, o\u00f9 il sera br\u00fbl\u00e9 le m\u00eame jour, ainsi qu\u2019il sera act\u00e9 sur le registre de l\u2019administration du cr\u00e9matoire par le <em>Schreiber<\/em> du camp. Ses cendres seront jet\u00e9es derri\u00e8re le talus du cr\u00e9matoire. Il avait 46 ans. Un des rescap\u00e9s d\u2019Ellrich, rest\u00e9 anonyme, \u00e9crira :<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une brume infime<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>S\u2019effiloche aux cieux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ultimes adieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>D\u2019un mort anonyme<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Aucun geste pieux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>N\u2019a ferm\u00e9 ses yeux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Au bord de l\u2019ab\u00eeme<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Nuage anonyme<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sublimes adieux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Une \u00e2me est aux cieux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un an plus tard, au retour du camp d\u2019Ellrich, le docteur Lafond Mazurel donnera ce dernier t\u00e9moignage :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab C\u2019est \u00e0 ce moment que mourut de dysenterie , le marquis de Roys ; il avait fait l\u2019admiration de tous par son cran et sa pi\u00e9t\u00e9 mystique : \u00ab Vive Dieu ! \u00bb me criait-il lorsqu\u2019en guenilles et pieds nus, il me rencontrait&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Postface :<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acte d\u2019accusation dress\u00e9 en juin 1947 donnera la statistique effarante en ce qui concerne les fran\u00e7ais arriv\u00e9s par le \u00ab dernier convoi \u00bb qui avait d\u00e9barqu\u00e9 1654 d\u00e9tenus \u00e0 Buchenwald le 20 ao\u00fbt 1944 :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le camp d\u2019Ellrich fut cr\u00e9\u00e9 le 1er mai 1944 comme d\u00e9pendance administrative du camp de Dora. Il portait le nom de <em>Waffen SS Arbeitslager ERICH<\/em>.. Pendant cette p\u00e9riode de 11 mois, 3.500 fran\u00e7ais pass\u00e8rent par le camp d\u2019Ellrich : 210 en sont revenus soit 1 sur 17.<\/p>\n\n\n\n<p>De ces 3.500 fran\u00e7ais, 1500 immatricul\u00e9s \u00e0 Buchenwald le 20 ao\u00fbt sous les num\u00e9ros 77.000 et 78.000 arriv\u00e8rent \u00e0 Ellrich le 7 septembre 1944. Huit mois apr\u00e8s, 36 seulement de ces 1500 revirent leur pays, 34 vivent encore aujourd\u2019hui soit 1 sur 44 \u00bb Ellrich dans les 8 mois de son existence aura perdu 71,9% de ses d\u00e9port\u00e9s morts dans le camp, 13,4 % ont disparu.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>A suivre : In Memoriam<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>2\u00b0 partie :ELLRICH Les 17 et 18 ao\u00fbt 1943, l\u2019aviation alli\u00e9e, avec plus de 600 avions, avait bombard\u00e9 le site de Pennem\u00fcnde o\u00f9 \u00e9taient alors concentr\u00e9s la recherche, le d\u00e9veloppement et la production des V.1 et des V.2. 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