{"id":246,"date":"2025-06-08T10:28:09","date_gmt":"2025-06-08T10:28:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/?p=246"},"modified":"2025-08-22T08:45:11","modified_gmt":"2025-08-22T08:45:11","slug":"rene-de-roys-chapitre-ii-levasion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amisdesaintange.com\/?p=246","title":{"rendered":"Ren\u00e9 de Roys &#8211; Chapitre II &#8211; L&rsquo;evasion"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Bataille du Nord, premi\u00e8re phase de l&rsquo;offensive allemande commenc\u00e9e le matin du 10 mai 1940 avec l&rsquo;op\u00e9ration du Luxembourg, devance l&rsquo;invasion de la Hollande et de la Belgique, o\u00f9 le corps de bataille de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise s&rsquo;est malencontreusement avanc\u00e9, permettant le succ\u00e8s des perc\u00e9es de Dinant et de Sedan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle se termine apr\u00e8s cette man\u0153uvre particuli\u00e8rement audacieuse par la chute de Dunkerque du 4 juin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La partie des troupes fran\u00e7aises qui ne sera pas faite prisonni\u00e8re, dans la nasse de la Manche, environ 120.000 hommes, s&#8217;embarquera par bateaux soit pour rejoindre dans les ports bretons l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, soit pour gagner l&rsquo;Angleterre avec le gros des forces britanniques ayant pu s&rsquo;\u00e9chapper de l&rsquo;\u00e9tau allemand victorieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hitler triomphant d\u00e9cr\u00e9tera que toutes les cloches des \u00e9glises et des temples allemands sonnent pendant 3 jours. Le commandement fran\u00e7ais savait que la seconde phase de l&rsquo;offensive allemande, la \u00a0\u00bb Campagne de France \u00a0\u00bb allait commencer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour ne pas renouveler les erreurs de l&rsquo;ancien commandement, le g\u00e9n\u00e9ral Weygand instaurera alors un dispositif en profondeur plus appropri\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce seront les batailles de la Somme, de la Seine enfin de l&rsquo;Orne, o\u00f9 interviendra la fin des combats pour la 3\u00b0 DLC du g\u00e9n\u00e9ral P\u00e9tiet, qui combattait sans rel\u00e2che depuis le 10 mai, au matin duquel si symboliquement, l&rsquo;\u00e9tat-major de sa 13\u00b0 brigade avait recueilli la Grande Duchesse de Luxembourg.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux brigades Maillard et Lafeuillade, ses 5 r\u00e9giments dont le 3\u00b0 RAM quasiment an\u00e9anti lors des combats de Dizy le Gros, se r\u00e9organis\u00e8rent autour de la 13\u00b0 brigade devenue la colonne vert\u00e9brale de cet ensemble, qui accueillera jusqu&rsquo;au 18 juin, nombre de troupes disparates, venues continuer le combat, dans une derni\u00e8re mission de sacrifice pour prot\u00e9ger la repli de la X\u00b0 arm\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Altmayer qui tente d&rsquo;\u00e9tablir une ligne Couesnon- Vilaine, man\u0153uvre qu&rsquo;il pr\u00e9sentera en pr\u00e9sence du G\u00e9n\u00e9ral P\u00e9tiet et de ses adjoints le 12 juin \u00e0 Rennes au G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle venu l&rsquo;inspecter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, anticipant sur la rupture des lignes fran\u00e7aises est convaincu dans la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir solidement le gouvernement \u00e0 Quimper, sous la protection de la X\u00b0 arm\u00e9e bien repli\u00e9e et la 3\u00b0DLC du g\u00e9n\u00e9ral P\u00e9tiet, conviction dont il fait part imm\u00e9diatement, dans un long entretien t\u00e9l\u00e9phonique \u00e0 Paul Reynaud Le lendemain 13 juin, Churchill est en France pour rencontrer le gouvernement fran\u00e7ais \u00e0 Tours, o\u00f9 il est inform\u00e9 de la \u00a0\u00bb suggestion \u00a0\u00bb d&rsquo;armistice des fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Churchill les larmes aux yeux prononcera alors le fameux : \u00a0\u00bb La Grande &#8211; Bretagne restaurera la France dans toute sa puissance et toute sa grandeur &#8211; <em>in all her power and dignity<\/em>&#8211; \u00ab\u00a0, ce qui va anticiper sur l&rsquo;armistice s\u00e9par\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est alors et seulement que de Gaulle, celui que Churchill d\u00e8s ce jour appellera \u00a0\u00bb le Conn\u00e9table de France\u00a0\u00bb arriv\u00e9 \u00e0 Tours, se joint aux groupes fran\u00e7ais et anglais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les disparit\u00e9s sont fortes entre le G\u00e9n\u00e9ral Weygand qui sait la limite de que l&rsquo;on peut demander au courage et au sacrifice de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, arm\u00e9e qu&rsquo;il sait bien avoir \u00e9t\u00e9 trahie par le politique et ce m\u00eame politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est en face et devant les autres ministres qu&rsquo;il dira \u00e0 Paul Reynaud, acquis par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 former le R\u00e9duit Breton, sinon \u00e0 gagner l&rsquo;Afrique du nord :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0\u00bb C&rsquo;est \u00e0 Paris que le gouvernement aurait d\u00fb rester. Le S\u00e9nat romain n&rsquo;a pas fait autrement quand les barbares sont entr\u00e9s dans Rome \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mar\u00e9chal P\u00e9tain, apr\u00e8s le d\u00e9part de Weygand pour Briare, s&rsquo;adressera alors au gouvernement et \u00e0 Paul Reynaud sp\u00e9cifiquement :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Le devoir du gouvernement fran\u00e7ais est, quoiqu&rsquo;il arrive, de rester dans le pays, sous peine de ne plus \u00eatre reconnu pour tel\u2026Je suis donc d&rsquo;avis de ne pas abandonner le sol fran\u00e7ais et d&rsquo;accepter la souffrance qui sera impos\u00e9e \u00e0 la patrie et \u00e0 ses fils.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La renaissance fran\u00e7aise sera le fruit de cette souffrance\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi la question qui se pose en ce moment, n&rsquo;est pas de savoir si le gouvernement demande l&rsquo;armistice, mais s&rsquo;il accepte ou non de quitter le territoire m\u00e9tropolitain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je resterai parmi le peuple fran\u00e7ais pour partager ses peines et ses mis\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;armistice est, \u00e0 mes yeux,la condition n\u00e9cessaire \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 de la France \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lendemain 14 juin, le gouvernement part pour Bordeaux, d&rsquo;o\u00f9 le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle demande \u00e0 Darlan un navire pour gagner via Brest l&rsquo;Angleterre, afin d&rsquo;y effectuer la mission dont le gouvernement Reynaud l&rsquo;a charg\u00e9. Il d\u00eene \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Spendide, \u00e0 la table voisine le Mar\u00e9chal P\u00e9tain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En se levant, ils se serreront la main. Pendant que le mar\u00e9chal gagne sa chambre, le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle monte dans sa voiture et prend la direction de Rennes, o\u00f9 il va \u00eatre accueilli par les g\u00e9n\u00e9raux Altmayer, Guitry et P\u00e9tiet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se rend alors compte que la r\u00e9alit\u00e9 du R\u00e9duit Breton n&rsquo;est plus possible : L&rsquo;arm\u00e9e doit se replier sur l&rsquo;Afrique du Nord, par les moyens de la flotte fran\u00e7aise avec l&rsquo;aide de la flotte britannique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Mission dont Paul Reynaud l\u2019a charg\u00e9 en l&rsquo;envoyant en Angleterre est simple, et monolithique : N\u00e9gocier l&rsquo;aide et le soutien maximum des anglais pour pouvoir continuer la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se doit de gagner Londres au plus vite pour obtenir la d\u00e9cision et l&rsquo;aide des britanniques. Le contre-torpilleur rapide Milan \u00e9tant arriv\u00e9, le G\u00e9n\u00e9ral y embarque \u00e0 16h30.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il d\u00e9barquera \u00e0 Plymouth \u00e0 22 heures. Le 16 au matin il s&rsquo;installe \u00e0 Londres \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Hyde Park.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il r\u00e8gle le d\u00e9part du navire Pasteur pour Bordeaux qui am\u00e8ne des canons de 75 et des munitions en provenance des Etats-Unis. Ensuite, il part d\u00e9jeuner avec Churchill. Son mandat commence par l&rsquo;id\u00e9e de proposer une Union Franco -Britannique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">R\u00e9serv\u00e9 au d\u00e9but, Churchill devient rapidement convaincu, mais commettra la maladresse d&rsquo;inclure sinon d&rsquo;exiger dans le cadre de cette surprenante union entre les deux pays, que la flotte fran\u00e7aise gagne les ports anglais pour s&rsquo;y mettre d\u00e9finitivement \u00e0 l&rsquo;abri. Progressivement, c&rsquo;est Churchill lui-m\u00eame qui devient l&rsquo;avocat de cette union franco -anglaise qu&rsquo;il veut totale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est donc dans l&rsquo;enthousiasme que de Gaulle engage la fameuse conversation t\u00e9l\u00e9phonique avec Paul Reynaud , \u00e0 la suite de l&rsquo;entr\u00e9e de Churchill disant: \u00a0\u00bb Nous sommes d&rsquo;accord \u00ab\u00a0, qui permet la r\u00e9daction du communiqu\u00e9 du 16 juin aussit\u00f4t approuv\u00e9 par le cabinet britannique dans ces termes sans \u00e9quivoque : \u00a0\u00bb A l&rsquo;heure du p\u00e9ril o\u00f9 se d\u00e9cide la destin\u00e9e du monde moderne, les gouvernements de la r\u00e9publique fran\u00e7aise et du Royaume uni, dans l&rsquo;in\u00e9branlable r\u00e9solution de continuer \u00e0 d\u00e9fendre la libert\u00e9 contre l&rsquo;asservissement aux r\u00e9gimes qui r\u00e9duisent l&rsquo;homme \u00e0 vivre une vie d&rsquo;automate et d&rsquo;esclave, d\u00e9clarent : \u00ab D\u00e9sormais la France et la Grande Bretagne ne sont plus deux nations, mais une nation franco-britannique indissoluble\u2026.: Chaque citoyen fran\u00e7ais jouit de la nationalit\u00e9 anglaise, chaque citoyen britannique devient un citoyen fran\u00e7ais\u2026 \u00bb La grande Bretagne forme imm\u00e9diatement de nouvelles arm\u00e9es. La France maintiendra ses forces disponibles, soit terrestres, soit maritimes ou a\u00e9riennes. L&rsquo;union fait appel aux Etats-Unis pour fortifier les ressources des alli\u00e9s et pour apporter leur puissante aide mat\u00e9rielle \u00e0 leur cause commune\u2026 O\u00f9 que soit la bataille, nous vaincrons. \u00a0\u00bb Sa mission remplie, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, heureux de son succ\u00e8s, se pr\u00e9cipite, avec un exemplaire \u00a0\u00bb anglais \u00a0\u00bb de la d\u00e9claration, pour embarquer dans le premier avion pour Bordeaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de cette d\u00e9claration est lue par un Paul Reynaud enthousiaste au gouvernement fran\u00e7ais r\u00e9uni au complet sous la pr\u00e9sidence du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Albert Lebrun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais c&rsquo;est la douche froide : Refusant de se consid\u00e9rer comme un Dominion, l&rsquo;immense majorit\u00e9 du gouvernement refusera d&rsquo;en entendre d&rsquo;avantage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paul Reynaud mis en minorit\u00e9, d\u00e9missionnera. Alors qu&rsquo;il croyait avoir atteint ce but fondamental, but essentiel qui n&rsquo;avait pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 depuis le d\u00e9but des hostilit\u00e9s, maintenant qu&rsquo;il pouvait \u00eatre atteint, tout s&rsquo;\u00e9croulait, sous la pression combin\u00e9e des politiques et des militaires. Il n&rsquo;y a plus de gouvernement fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La France abandonnait l&rsquo;Angleterre sinon Churchill son vrai alli\u00e9 Il n&rsquo;y avait alors plus d&rsquo;autre choix, que celui d&rsquo;un armistice s\u00e9par\u00e9. Seul le mar\u00e9chal P\u00e9tain pouvait encore avoir l&rsquo;autorit\u00e9 suffisante pour le demander. Albert Lebrun le nomme alors Pr\u00e9sident du conseil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De Gaulle menac\u00e9 d&rsquo;arrestation, Churchill mettra \u00e0 sa disposition un avion pour qu&rsquo;il puisse gagner Londres le lendemain et de l\u00e0 appeler les fran\u00e7ais \u00e0 la R\u00e9sistance. Le 16 juin s&rsquo;achevait. Revenons en arri\u00e8re :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;escadron de Roys avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 le 1\u00b0 juin escadron divisionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il prend aussit\u00f4t son service aupr\u00e8s du Colonel Lafeuillade et de l&rsquo;Etat Major de la 13\u00b0 BLM, assurant en plus le lien direct avec les unit\u00e9s combattantes principalement le 3\u00b0 RAM, son jumeau le 4\u00b0 Hussards et le 2\u00b0 Dragons port\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entendirent-ils directement ou indirectement les propos du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et de sa d\u00e9l\u00e9gation sur un mouvement possible pour l&rsquo;Angleterre, o\u00f9 s&#8217;embarqueront alors les troupes du g\u00e9n\u00e9ral B\u00e9thouart\u2026 ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le moment pr\u00e9sent, il ne peut h\u00e9siter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se doit d&rsquo;assurer int\u00e9gralement sa mission et son devoir : Prot\u00e9ger son Colonel et l&rsquo;Etat major, \u00eatre l&rsquo;articulation active des unit\u00e9s. Et ce sera le 18 juin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est la fin pour le 3\u00b0 RAM, sa brigade et sa division apr\u00e8s 39 jours d&rsquo;action ininterrompue initi\u00e9e \u00e0 Audun sur Tiche, Esch sur Alzette et au Luxembourg.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au matin de cette derni\u00e8re journ\u00e9e de combat, le capitaine de Roys ne pourra emp\u00eacher la capture f\u00e9lonne du Colonel Lafeuillade et de son l&rsquo;\u00e9tat-major par les troupes port\u00e9es de la II\u00b0 division d&rsquo;infanterie motoris\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Gr\u00fcwell avant-garde du corps blind\u00e9 Hoth..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec ses derniers quatre pelotons, il restera \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Paris, ville ouverte le 12 juin, o\u00f9 les allemands des premiers r\u00e9giments de l&rsquo;Arm\u00e9e von Kuechler y entreront le 14.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les arm\u00e9es de l&rsquo;est menac\u00e9es \u00e0 leur tour d&rsquo;encerclement, celles de l&rsquo;ouest pouss\u00e9es vers le \u00a0\u00bb r\u00e9duit breton \u00a0\u00bb apr\u00e8s la chute du Havre et de Cherbourg, il n&rsquo;y a gu\u00e8re de solutions pour le gouvernement fran\u00e7ais, qui enverra le 21 juin ses n\u00e9gociateurs \u00e0 Rethondes o\u00f9 sera conclu la fin des combats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais dans ces deux journ\u00e9es des 17 et 18 juin, ni le Capitaine de Roys et son 3\u00b0 escadron, ni son glorieux chef de brigade le colonel Lafeuillade, ni aucune des troupes qui combattent encore, n&rsquo;auront entendu ni pu entendre ces mots qui vont profond\u00e9ment modifier l&rsquo;histoire : D&rsquo;abord, l&rsquo;adresse solennelle du 17 juin \u00e0 midi et demi aux fran\u00e7ais du mar\u00e9chal P\u00e9tain leur annon\u00e7ant \u00e0 la radio nationale :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Je me suis adress\u00e9 cette nuit \u00e0 l&rsquo;adversaire, pour lui demander s&rsquo;il est pr\u00eat \u00e0 rechercher avec nous, entre soldats, apr\u00e8s la lutte et dans l&rsquo;honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilit\u00e9s. \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ensuite, l&rsquo;extraordinaire et galvanisant discours du 18 juin \u00e0 15 heures de Winston Churchill \u00e0 la Chambre des Communes:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0\u00bb J&rsquo;ai parl\u00e9&#8230;. de l&rsquo;immense d\u00e9sastre militaire, issu du retard que le Haut Commandement fran\u00e7ais mit \u00e0 ordonner aux arm\u00e9es du Nord de se retirer de Belgique, lorsqu&rsquo;il sut que le front fran\u00e7ais \u00e9tait d\u00e9finitivement perc\u00e9 \u00e0 Sedan et sur la Meuse.\u2026La bataille de France a pris fin. La bataille de Grande Bretagne peut commencer d&rsquo;un moment \u00e0 l&rsquo;autre. Du sort de cette bataille d\u00e9pend le sort de la civilisation chr\u00e9tienne \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un peu plus tard dans cette historique journ\u00e9e du18 juin, vers 18 heures, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, arriv\u00e9 la veille \u00e0 Londres, entour\u00e9 de Jean Oberl\u00e9 et de Jean Marin va lancer son Appel, que la BBC diffusera encore une seconde fois le lendemain :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0\u00bb Moi, g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, actuellement \u00e0 Londres, j&rsquo;invite les officiers et les soldats fran\u00e7ais, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient \u00e0 s&rsquo;y trouver\u2026\u00e0 se mettre en rapport avec moi\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, ce m\u00eame 18 juin, le message adress\u00e9 le soir \u00e0 Berlin par l&rsquo;ambassadeur d&rsquo;Allemagne \u00e0 Moscou von Schulenburg qui t\u00e9l\u00e9graphie au chancelier Hitler : \u00a0\u00bb Monsieur Molotov m&rsquo;a exprim\u00e9 les f\u00e9licitations les plus chaleureuses du gouvernement sovi\u00e9tique pour le magnifique succ\u00e8s remport\u00e9 par les forces arm\u00e9es allemandes. Monsieur Molotov m&rsquo;a inform\u00e9 de l&rsquo;action sovi\u00e9tique entreprise contre les Etats Baltes. \u00a0\u00bb Alors que l&rsquo;histoire s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, les hommes et les individus se d\u00e9terminent l\u00e0 o\u00f9 ils sont comme ils le peuvent. Le rapport adress\u00e9 par la capitaine de Roys \u00e0 son g\u00e9n\u00e9ral de Division, le G\u00e9n\u00e9ral P\u00e9tiet en octobre, prend alors une dimension historique extraordinaire en \u00e9clairant avec ses d\u00e9tails le contenu des journ\u00e9es qui vont suivre,v\u00e9cues par un fran\u00e7ais en France qui tentera lui aussi \u00e0 s&#8217;embarquer pour l&rsquo;Angleterre, : Le capitaine de ROYS, commandant le 3\u00b0 escadron du 3\u00b0 R\u00e9giment d&rsquo;Autos &#8211; mitrailleuses, \u00e0 Monsieur le G\u00e9n\u00e9ral PETIET, commandant la 3\u00b0 D.L.C. J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de rendre compte : Le 18 juin 1940, dans la r\u00e9gion de Ch\u00e2teau &#8211; Giron (I.et V.) l&rsquo;Etat Major de la 13\u00b0 B.L.M. abus\u00e9 par une ruse de guerre d\u00e9loyale fut conduit vers 17 h par une importante formation ennemie dans un terrain plat d\u00e9couvert et s\u00e9v\u00e8rement gard\u00e9.(Erbr\u00e9, S.O. de Vitr\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les officiers d\u00e9cid\u00e8rent de s&rsquo;\u00e9vader.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fut admis que la nuit du 18 au 19 permettrait les pr\u00e9paratifs, la destruction des documents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sous &#8211; officiers et les hommes capables de s&rsquo;\u00e9vader re\u00e7urent des consignes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;impression du Colonel et des officiers \u00e9tait que la journ\u00e9e du 19 ne manquerait pas de fournir toutes sortes d&rsquo;occasion qu&rsquo;il suffirait de saisir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le s\u00e9jour dans \u00a0\u00bb le camp \u00a0\u00bb se prolongeait le 19, un plan connu seulement du Lt Madeline, du Lt de Nonneville et du chef Del\u00e9cluze (1) serait appliqu\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le feu serait mis aux nombreux v\u00e9hicules du camp, \u00e0 un d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;essence dont l&rsquo;acc\u00e8s \u00e9tait facile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les officiers de la B.L.M , leurs sous-officiers et hommes les plus s\u00fbrs ne devaient \u00eatre pr\u00e9venus qu&rsquo;au dernier moment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9vasion serait tente dans la surprise et la confusion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Lt de Nonneville ayant demand\u00e9 et obtenu la camionnette popote, cinq ou six camions et camionnettes (dont une radio) furent introduits sous les plus invraisemblables pr\u00e9textes dans le coin r\u00e9serv\u00e9 aux officiers de la B.L.M.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ajout\u00e9s aux voitures de liaison laiss\u00e9es comme \u00a0\u00bb dortoirs \u00a0\u00bb aux officiers, ces v\u00e9hicules form\u00e8rent un carr\u00e9 o\u00f9 les officiers \u00e9taient relativement isol\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les archives et les documents secrets (dossier Luxembourg) aliment\u00e8rent le feu de la popote et la camionnette radio put \u00e9mettre pendant pr\u00e8s d&rsquo;une heure, passant \u00e0 la division \u00a0\u00bb 13\u00e8me BLM intern\u00e9e Erbr\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 19 juin vers 10h, ordre fut donn\u00e9 au Colonel de faire former tous les v\u00e9hicules du camp en colonne sur la route en direction du Nord, voitures des officiers en t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s&rsquo;agissait, disaient les allemands de faire mouvement vers une ville o\u00f9 nous serions install\u00e9s confortablement en attendant une lib\u00e9ration qui ne pouvait tarder.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ceci fut accueilli avec une \u00e9vidente satisfaction qui dut tromper les allemands car ils n\u00e9glig\u00e8rent la surveillance des voitures des officiers, mais encadr\u00e8rent fortement les camions sur lesquels ils firent monter des piquets en armes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(2) La colonne longue d&rsquo;un km \u00e9tait gard\u00e9e en t\u00eate par un camion arm\u00e9 d&rsquo;une mitrailleuse et mont\u00e9 par 10 hommes, en queue par un camion semblable et un peloton moto. Un deuxi\u00e8me peloton moto parcourait la colonne. Les officiers de la brigade, colonel en t\u00eate \u00e9taient derri\u00e8re l&rsquo;officier commandant la colonne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Lt Madeline qui avait li\u00e9 son sort au mien, pilotait la troisi\u00e8me voiture : une puissante Chrysler Royal civile (voiture du colonel Watteau).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma voiture \u00e9galement puissante mais portant les \u00e9cussons du RAM suivait la Chrysler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avions d\u00e9cid\u00e9 de tenter notre chance en voiture. D\u00e8s le d\u00e9but du mouvement, apparut un certain flottement que les allemands malgr\u00e9 leurs ordres ne purent faire dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il provenait du mat\u00e9riel h\u00e9t\u00e9roclite que les allemands comptaient faire marcher \u00e0 la vive allure de leurs colonnes homog\u00e8nes, entra\u00een\u00e9es et disciplin\u00e9es. Plusieurs arr\u00eats furent, somme toute, impos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergique Lt commandant la colonne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces arr\u00eats furent mis \u00e0 profit par les officiers de la BLM en particulier par le capitaine Hachette et par le Lt de Nonneville qui purent se procurer des v\u00eatements et des papiers pendant que leurs camarades entretenaient de sujets divers l&rsquo;officier allemand. Au cours d&rsquo;une arr\u00eat, un certain nombre d&rsquo;officiers \u00e9trangers \u00e0 l&rsquo;arme, d&rsquo;une triste tenue, fut r\u00e9parti dans les voitures de la BLM. La pr\u00e9sence de ces ind\u00e9sirables me fit refuser pendant la marche au Lt Madeline l&rsquo;autorisation de quitter la colonne par un chemin pourtant bien tentant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Lt Madeline ob\u00e9it et fit preuve ainsi d&rsquo;une discipline que je dois signaler. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;aboutir. Or, ayant eu la chance de conserver nos armes, aboutir \u00e9tait pour nous, soit retrouver une unit\u00e9 combattante, soit ne pas retomber aux mains de l&rsquo;ennemi, et les officiers impos\u00e9es \u00e0 nos voitures n&rsquo;admettaient pas cette entreprise. L&rsquo;initiative de notre \u00e9chapp\u00e9e est due au Lt Madeline.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je voyais diff\u00e9remment la solution. Toujours est-il, que cet officier qui avait r\u00e9ussi lors d&rsquo;un pr\u00e9c\u00e9dent arr\u00eat \u00e0 se procurer un moreau de calendrier local me redit compte vers 13h, que nous \u00e9tions arr\u00eat\u00e9s \u00e0 1500 m\u00e8tres de l&rsquo;important carrefour de Bourgneuf. L&rsquo;occasion apparaissait, et la d\u00e9cision fut d&rsquo;en profiter sans plus chercher.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Madeline, nous demandons \u00e0 l&rsquo;officier commandant la colonne l&rsquo;essence pour ne pas tomber en panne. Les pleins sont faits (100 litres dans la Chrysler, 80 dans ma voiture assurant un rayon d&rsquo;action de 300 km (environ).je demande au colonel l&rsquo;autorisation de partir. Il me l&rsquo;accorde et veut m&rsquo;accompagner. Avec \u00e9motion je le prie de n&rsquo;en rien faire. Notre magnifique colonel en effet est en proie \u00e0 une violente crise de foie, cons\u00e9quence probable de sa r\u00e9action apr\u00e8s l&rsquo;acte d\u00e9loyal de l&rsquo;ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne veux pas l&rsquo;entra\u00eener dans une aventure qui peut demander des efforts physiques qu&rsquo;il ne pourrait supporter malgr\u00e9 son extraordinaire courage. Le Colonel me conseille de partir vers le Nord, vers la c\u00f4te. Il suppose comme Madeline et moi du reste que le sud est impossible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Madeline, nous conseillons aux ind\u00e9sirables de quitter nos voitures. Mon chauffeur et mon ordonnance pr\u00e9f\u00e8rent rester avec les autres, je les remplace par des volontaires, (Cavart et Ennuyer). Je cherche Hachette, de Nonneville et Beaumont. Ils ne sont pas l\u00e0 et le temps presse. Deux officiers d&rsquo;artillerie de DCA se joignent \u00e0 nous (Lt Chaleyssin et S-Lt Daudans); Le chef Proust et le dragon Logeais du 2\u00e8me RDP accourent. Le lieutenant allemand commande \u00a0\u00bb en avant \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous mettons en panne afin de nous faire d\u00e9passer par quatre voitures qui augmenteront la distance entre la mitrailleuse et nous. Un motocycliste allemand s&rsquo;inqui\u00e8te de la panne, mais se rassure devant les cris : \u00a0\u00bb Schnell, Vorwaerts \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les quatre voitures nous ont d\u00e9pass\u00e9s, lorsque les 200 m. de distance permettant l&rsquo;\u00e9lan sont acquis, r\u00e9tablissant le contact nous d\u00e9marrons. J&rsquo;ordonne au motocycliste allemand d&rsquo;aller rendre compte \u00e0 son officier. Il d\u00e9marre, nous le suivons et \u00e0 110 \u00e0 l&rsquo;heure nous bifurquons au carrefour de Bourgneuf, prenons la 1\u00e8re \u00e0 gauche, 1\u00e8re \u00e0 droite, 1\u00e8re \u00e0 gauche, et nous avisons. Le d\u00e9tachement sous mes ordres comprend 4 officiers, un mar\u00e9chal des logis chef et 3 hommes. Notre intention est de gagner la c\u00f4te par Cancale en vue d&#8217;embarquer pour l&rsquo;Angleterre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ayant nos armes, nous resterons en tenue. Utilisant les routes secondaires, nous \u00e9viterons les agglom\u00e9rations importantes et nous enverrons chercher le renseignement chez le cur\u00e9 des petits villages. Si un ou deux motocyclistes allemands nous arr\u00eatent nous jouerons la confiance et nous saisirons d&rsquo;eux. Si l&rsquo;ennemi est plus nombreux nous foncerons, toujours 1\u00e8re \u00e0 gauche, 1\u00e8re \u00e0 droite, 1\u00e8re \u00e0 gauche. Comme derni\u00e8re solution, pied \u00e0 terre et Cancale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous disposons d&rsquo;une carte au 1\/1.000.000\u00e8me et d&rsquo;un morceau de carte d&rsquo;un calendrier local. Le 1er bond fix\u00e9 est St -Georges de Reintembault, nous l&rsquo;atteignons facilement vers 16h. apr\u00e8s quelques \u00e9motions pr\u00e9vues ; Les deux voitures marchent \u00e0 100 m\u00e8tres de distance, les routes importantes sont franchies comme au service en campagne. Le dernier couvert avant St-Georges -de- Reintembault est utilis\u00e9 et monsieur le Cur\u00e9 est convoqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fournit d&rsquo;utiles renseignements : Les allemands sont attendus, ils ont t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 leur arriv\u00e9e. Nous lui confions les bagages que nous avons pr\u00e9par\u00e9s la veille. Les hommes que nous avons envoy\u00e9s aux provisions tardent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils rentrent avec des v\u00eatements civils et me demandent de les d\u00e9poser. Ils sont fatigu\u00e9s, veulent se reposer et continuer \u00e0 pied. Ils promettent de faire leur devoir (3). Le d\u00e9tachement ne comprend plus que les 4 officiers et un chef.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se porte \u00e0 18h.dans la r\u00e9gion de Cancale par Antrain. Les pleins peuvent \u00eatre compl\u00e9t\u00e9s en cours de route. Une carte Michelin, (la 59) nous est donn\u00e9e. Mais les renseignements deviennent inqui\u00e9tants, les allemands sont signal\u00e9s partout, se dirigeant vers l&rsquo;est et le nord -ouest.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre conduite varie suivant l&rsquo;attitude des habitants : Quand ils sont r\u00e9ticents et ne savent rien, c&rsquo;est le signe que les allemands sont l\u00e0 ou sont pass\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leur proclamation affich\u00e9e sur les murs annonce l&rsquo;interdiction sous peine de mort d&rsquo;aider tout militaire des forces alli\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les petits Hentschel 126, en rase-mottes, d\u00e9crivent des cercles autour de localit\u00e9s que nous situons. Il parait que l&rsquo;apparition de ces avions pr\u00e9c\u00e8de g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;un quart d&rsquo;heure l&rsquo;arriv\u00e9e des Moto- cyclistes. Le passage de la Nationale 776, celui de Couesnon, dans la r\u00e9gion d&rsquo;Antrain, s&rsquo;annonce difficile ; nous marquons un bond \u00e0 la Beucheraye, petit village ayant des vues sur la Nationale 776 que nous atteignons vers 20h.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Chrysler tourne brusquement et s&rsquo;engage dans une cour : \u00e0 50 m\u00e8tres d&rsquo;elle, un motocycliste allemand garde le croisement de la 776, il jalonne une colonne allemande allant vers le Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les allemands d\u00e9filent par petits paquets, (camions et camionnettes), \u00e0 toute allure, pendant 20 minutes. Nous ne franchirons pas la route, avant d&rsquo;avoir de nouveaux renseignements sur Cancale et nous profitons du d\u00e9part du jalonneur pour cacher les voitures dans un chemin creux, puis nous nous installons aux abords d&rsquo;une ferme propice, \u00e0 100m\u00e8tres de la 776 que nous surveillons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fermier, d&rsquo;un rare d\u00e9vouement ira chercher le cur\u00e9 de village demain matin ; il nous ravitaille et participe \u00e0 la surveillance. Toute la nuit les colonnes allemandes passent, on per\u00e7oit le bruit des chenilles. Le 20 juin, le cur\u00e9 du Tremblaye n&rsquo;arrive qu&rsquo;\u00e0 11 heures mais ses renseignements sont pr\u00e9cieux : Cancale \u00e9tait libre \u00e0 10 h.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les colonnes allemandes semblent d&rsquo;\u00eatre dirig\u00e9es sur Pontorson\/Avranches, mais Antrain est fortement occup\u00e9, un pont serait encore libre au sud du Tremblaye. C&rsquo;est notre seule chance, en auto tout au moins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons pris une forme moins r\u00e9v\u00e9latrice. Un peu lav\u00e9s, ras\u00e9s et coiff\u00e9s, nous roulerons en bras de chemises blanches, nos vareuses, casques ou k\u00e9pis \u00e0 nos pieds. Reprendre une allure militaire sera toujours facile. Seul, je resterai harnach\u00e9 mais j&rsquo;ai un loden protecteur. Mes cheveux gris et mon teint fatigu\u00e9 peuvent faire admettre la crainte de l&rsquo;air.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9cussons et les attributs militaires de ma voiture ont \u00e9t\u00e9 gratt\u00e9s, graiss\u00e9s et couverts de poussi\u00e8re. Vers 12h.nous pouvons franchir entre deux colonnes allemandes la nationale 776. Nous atteignons les abords de la Fresnaye (15 km. Sud de Cancale) \u00e0 14h. Madeline et Chaleyssin sont envoy\u00e9s \u00e0 pied en reconnaissance au village, ils ne rentreront qu&rsquo;\u00e0 18 h. Madeline a trouv\u00e9 en l&rsquo;instituteur du pays, M. Robin le plus intelligent d\u00e9vouement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Chaleyssin , il a pu, cach\u00e9 dans la camionnette du charcutier aller jusqu&rsquo;\u00e0 Cancale qui est encore libre. L&rsquo;administrateur de la Marine M. Thomas annonce qu&rsquo;un destroyer anglais va prendre 300 polonais. Les gendarmes sont muets. Ils d\u00e9clarent \u00eatre prisonniers, ils ont re\u00e7u de Saint Malo le t\u00e9l\u00e9gramme suivant : \u00a0\u00bb Consid\u00e9rez &#8211; vous comme prisonniers. \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cinq motocyclistes allemands sont en effet signal\u00e9s \u00e0 Saint Malo. Pendant l&rsquo;absence de Madeline et de Chaleyssin, nous avons am\u00e9nag\u00e9 la Chrysler, car nous ne pourrons plus rouler en deux voitures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Chrysler n&rsquo;a plus que 20 litres d&rsquo;essence contre 80 \u00e0 la Renault. Or la Chrysler peut seule passer pour la voiture de r\u00e9fugi\u00e9s ais\u00e9s, dont nous nous efforcerons de prendre l&rsquo;allure. Il s&rsquo;agira de tenir \u00e0 5 dans ce cabriolet. Un d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;objets pr\u00e9cieux mais encombrants (armes en surnombre, casques, masques, sacs etc.) est remis \u00e0 M. Robin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Renault est cach\u00e9e dans un buisson, deux de ses roues sont pr\u00eat\u00e9es au charcutier qui les rendra plus tard avec la voiture. Vers 17h.nous partons dans la Chrysler et nous apprenons \u00e0 Cancale que le destroyer signal\u00e9 ne fera pas escale en raison du mauvais temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n&rsquo;y a plus dans le port un seul bateau capable de prendre la mer d\u00e9mont\u00e9e. Force d&rsquo;appliquer une des variantes de notre plan. Nous d\u00e9cidons de courir sur Brest et esp\u00e9rons arriver avant l&rsquo;ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous rentrerons d&rsquo;abord dans notre verger de la Fresnaye o\u00f9 nous passerons la nuit car tout d\u00e9placement nocturne serait une folie dans un pays que nous ne connaissons pas o\u00f9 seuls les petits chemins nous sont permis et les renseignements des habitants indispensables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous travaillerons la carte d&rsquo;itin\u00e9raire et les variantes. Un officier de cavalerie le Lt Blondel se pr\u00e9sente \u00e0 moi. Il s&rsquo;est \u00e9chapp\u00e9 de Dinan et il venait de conduire quelques hommes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il cherche \u00e0 gagner l&rsquo;Angleterre et demande \u00e0 se joindre \u00e0 nous. Il a une moto avec laquelle il pourra nous \u00e9clairer. Le 21 de bonne heure les colonnes allemandes venant de Dol roulent vers Saint Malo, nous comptons 150 camions b\u00e2ch\u00e9s une vingtaine de chars, quelques pi\u00e8ces d&rsquo;artillerie moyenne, qui d\u00e9filent \u00e0 la vive allure des motocyclistes allemands r\u00f4dent au sud du village et il faut attendre leur d\u00e9part. Vers 11 h. nous pouvons nous \u00e9chapper et franchir la Rance par le pont indiqu\u00e9 par Mr Robin. Nous prenons notre orientation g\u00e9n\u00e9rale : Jugon et le Sud de la Nationale 12.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Blondel est un bon \u00e9claireur, notre moyenne est excellente, nous rencontrons quelques motocyclistes, mais leur mission ne doit pas comporter l&rsquo;arraisonnement des Chrysler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nuit nous surprend dans la merveilleuse r\u00e9gion de Plever &#8211; Christ. Nous avons bifurqu\u00e9 vers Ker-Emma (ouest de Saint Pol de L\u00e9on) o\u00f9 Madeline pense trouver des amis, Brest \u00e9tant occup\u00e9 massivement. Le 22 nous quittons Ker -Emma vers 10h.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les allemands viennent de quitter la maison o\u00f9 nous cherchons refuge. Nous ne pourrons plus rester en tenue. Les allemands sont partout et le village est plein de r\u00e9fugi\u00e9s flamands tr\u00e8s suspects. Je divise le d\u00e9tachement par groupes de deux, chaque groupe est recueilli par une maison. J&rsquo;envoie des reconnaissances vers les ports (Roscoff, Carantec). Et je vais, inutilement \u00e0 la Marine \u00a0\u00bb de Ploescat, puis \u00e0 Brignogan, o\u00f9 le docteur Le Marc&rsquo;hadour qui conna\u00eet admirablement la c\u00f4te et ses p\u00eacheurs, m&rsquo;apprend qu&rsquo;il est mat\u00e9riellement impossible de quitter la c\u00f4te.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;estime alors qu&rsquo;il n&rsquo;est plus possible de rester group\u00e9s et de risquer la capture de tout le d\u00e9tachement ; je d\u00e9cide sa dislocation. La journ\u00e9e du 23 sera employ\u00e9e \u00e0 chercher la sortie des trois groupes : Blondel et le chef Proust en moto, iront vers le sud (4) Chaleyssin et Daudans qui ont sur eux leur brevet d&rsquo;ing\u00e9nieur partiront, un industriel qui rejoint son usine \u00e0 Parthenay (4), avec Madeline nous tenterons de gagner avec la Chrysler (qui n&rsquo;a plus que 5 litres d&rsquo;essence) Rambouillet o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 en garnison, la Seine et Marne o\u00f9 j&rsquo;habite, le Centre que je connais bien. Notre premier bond sera La Barre en Ouche o\u00f9 Madeline a sa famille. Nous achetons une bicyclette \u00e0 Lesvenin, (nous n&rsquo;avons pas assez d&rsquo;argent pour en acheter deux).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S&rsquo;il faut abandonner la Chrysler, nous ferons 30 ou 40 kilom\u00e8tres, l&rsquo;un \u00e0 pied l&rsquo;autre \u00e0 bicyclette, par jour. Les gendarmes de Lescenin nous donnent cinq litres d&rsquo;essence et un renseignement invraisemblable : A Thol\u00e9, \u00e0 8 km. Nord -Ouest de Morlaix se trouve un d\u00e9p\u00f4t consid\u00e9rable d&rsquo;essence, il a \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9, mais la partie inf\u00e9rieure de certaines piles de caisses ne se serait pas br\u00fbl\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gendarme assure myst\u00e9rieusement qu&rsquo;il y a de quoi faire le tour de France. Nos h\u00f4tes de Ker-Emma traitent d&rsquo;absurde cette assertion. Ils ont vu cet incendie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;admets la validit\u00e9 d&rsquo;un renseigne- ment de gendarme et je d\u00e9cide que nous passerons par Thol\u00e9. Au point o\u00f9 nous sommes, un crochet, m\u00eame inutile, n&rsquo;ajoutera que quelques kilom\u00e8tres \u00e0 faire \u00e0 pied. Le 23 juin 1940, r\u00e9unissant une derni\u00e8re fois le d\u00e9tachement, je dicte une d\u00e9claration r\u00e9sumant notre conduite du 18 juin \u00e0 ce jour et attestant notre volont\u00e9 d&rsquo;aboutir. Un exemplaire sign\u00e9 par tous est remis \u00e0 chacun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis apr\u00e8s avoir donn\u00e9 l&rsquo;accolade \u00e0 mes braves compagnons, nous nous s\u00e9parons. A 7 h. la Chrysler d\u00e9marre, nous sommes assez correctement v\u00eatus, les papiers du moment seront : pour Madeline, une carte d&rsquo;alimentation indiquant Mexico lieu de naissance (et c&rsquo;est exact), pour moi mon carnet d&rsquo;invalidit\u00e9 pour blessures de guerre 1914-1918.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous jouerons les r\u00e9fugi\u00e9s et nous prendrons la route Nationale. A Saint Pol de L\u00e9on, un garagiste a le cran de faire le plein d&rsquo;essence et de nous vendre quelques bidons suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les allemands faisant eux m\u00eame le plein \u00e0 sa pompe principale, une affiche appos\u00e9e sur le mur interdisant la vente de l&rsquo;essence aux civils. Nous allons n\u00e9anmoins \u00e0 Thol\u00e9 o\u00f9 tout parait bien br\u00fbl\u00e9. Apr\u00e8s quelques minutes de recherche, nous trouvons des caisses pleines d&rsquo;essence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le renseignement \u00e9tait valable. Nous mettons pr\u00e8s de 300 litres d&rsquo;essence dans le spider et nous filons \u00e0 130 \u00e0 l&rsquo;heure par la nationale 12 et la nationale 176. Nous croisons des colonnes allemandes, traversons Guingamp, St Brieux, Lamballe, Dinan, Dol, sans incident.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutes ces villes sont occup\u00e9es par les \u00e9l\u00e9ments motoris\u00e9s (6). A la Fert\u00e9 Mac\u00e9, nous revoyons le terrain de nos derniers combats du 17.Il ne reste plus trace du mat\u00e9riel ennemi d\u00e9truit par le Lt Madeline.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;acc\u00e8s de Carouge nous offre le premier contact s\u00e9rieux avec l&rsquo;ennemi : Apr\u00e8s un virage nous trouvons une arme anti-char mal camoufl\u00e9e, un Gefreite demande des papiers, nous montrons les n\u00f4tres, il ne consid\u00e8re que ma date de naissance 1898, dit \u00a0\u00bb allez \u00a0\u00bb et demande \u00e0 Madeline s&rsquo;il est soldat fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Madeline exhibe sa carte d&rsquo;alimentation, se pr\u00e9tend mexicain et le Gefreite le lib\u00e8re. Nous sommes ahuris et nous \u00e9mettons une grosse plaisanterie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais aux abords imm\u00e9diats de Carrouge, second arr\u00eat. C&rsquo;est plus s\u00e9rieux, nous sommes \u00e9pluch\u00e9s par un Feldwebel, un homme en armes est devant la voiture. Mon livret de pension n&rsquo;est pas une bonne pi\u00e8ce, il me le d\u00e9montre : &#8211; Quand avez-vous \u00e9t\u00e9 invalide ? -En 1918- &#8211; Mais vous \u00eates n\u00e9 en 1898.- &#8211; Oui, mais je me suis engag\u00e9 en 1915, et j&rsquo;ai eu trois blessures,- &#8211; Bien, bien, beaucoup courage, mais pas papiers. Avez-vous des armes ? &#8211; Non regardez ! Je sors de la voiture et m&rsquo;appuie sur ma canne. &#8211; Ah, invalide vraiment, je vois bien maintenant \u00a0\u00bb &#8211; Et vous ? dit-il \u00e0 Madeline. &#8211; Mexicain ! r\u00e9pond ce dernier et il tend sa carte d&rsquo;alimentation. &#8211; Voil\u00e0, dit le Feldwebel, bon papier identit\u00e9, le v\u00f4tre pas valable. O\u00f9 allez-vous ? &#8211; A Paris \u00ab\u00a0&#8211; &#8211; A Paris ? \u00a0\u00bb -Est ce d\u00e9fendu ? Je cherche ma femme et mes enfants ? &#8211; Non, non allez ! et en allemand, il dit \u00e0 ses sous-ordres \u00a0\u00bb : Laissons-les aller, ici ce n&rsquo;est que le premier contr\u00f4le.\u00a0\u00bb Nous \u00e9vitons donc S\u00e9es et prenons la premi\u00e8re route \u00e0 gauche. Nous interrogeons un paysan qui nous apprend que S\u00e9es est gard\u00e9 par des militaires et des civils qui demandent des papiers. Nous reprenons les petites routes et nous r\u00e9ussissons \u00e0 franchir Gac\u00e9 avec une colonne de r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous \u00e9chappons de justesse \u00e0 un contr\u00f4le et vers 19 h. nous arrivons dans la propri\u00e9t\u00e9 objet du premier bond, le ch\u00e2teau de Cernay,3 Km. Est de la Barre en Ouche. Les allemands viennent d&rsquo;\u00e9vacuer Cernay, mais ils sont partout ailleurs. Dans les bois, nous cachons la voiture qui, depuis le 19 juin a parcouru 1250 km., les armes, les papiers. Nous apprenons que les allemands se saisissent de toutes les voitures et les bicyclettes. Personne ne comprend comment nous avons pu arriver avec une Royal Chrysler et une bicyclette neuve.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous non plus. Nous ne pourrons continuer qu&rsquo;\u00e0 pied et cela nous semble facile, car nous connaissons bien la r\u00e9gion. Le 25 juin, nous apprenons que l&rsquo;armistice demand\u00e9 est une r\u00e9alit\u00e9. Nous sommes abattus, nous n&rsquo;avons pas abouti. J&rsquo;estime qu&rsquo;il est d\u00e9sormais inutile de courir un risque et qu&rsquo;il faut regagner Paris o\u00f9 nous verrons une autorit\u00e9. La m\u00e8re du lieutenant Madeline qui se consacre au ravitaillement de Suresnes, nous emm\u00e8ne dans sa voiture S.P. Le 8 juillet, nous apprenons que beaucoup des n\u00f4tres sont \u00e0 Paris. Je suis le Capitaine le plus ancien du R.A.M. Je donne \u00e0 tous l&rsquo;ordre de ne tenter aucune imprudence. La ligne de d\u00e9marcation peut \u00eatre franchie, mais ce n&rsquo;est plus qu&rsquo;une question d&rsquo;heures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous gardons la liaison et je rends compte par l&rsquo;interm\u00e9diaire de ceux qui peuvent passer normalement (Capitaine de Brignac, Lt Madeline, Capitaine de Coulange). Officier d&rsquo;active, n&rsquo;ayant que des papiers militaires (Carte d&rsquo;identit\u00e9 39, carte bilingue 40, livret de la l\u00e9gion d&rsquo;honneur et de pension, plaque d&rsquo;identit\u00e9) je reste cach\u00e9 chez des amis ne voulant me d\u00e9clarer nulle part. Je n&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 passer la ligne que le 27 septembre. Le 5 octobre 1940, j&rsquo;ai eu l&rsquo;honneur de rendre compte au G\u00e9n\u00e9ral de corps d&rsquo;arm\u00e9e P\u00e9tiet, ancien commandant de la 3\u00e8me DLC. Sign\u00e9 : ROYS D\u00e8s sa d\u00e9mobilisation confirm\u00e9e, le capitaine de Roys, prendra le chemin de sa maison de Saint Ange o\u00f9 l&rsquo;attendait sa femme et sa famille. Saint Ange n&rsquo;est pas encore remis du pillage et des d\u00e9vastations que les fran\u00e7ais lui ont fait subir gr\u00e2ce au pr\u00e9texte de l&rsquo;exode, avant que la Wehrmacht ne vienne l&rsquo;occuper.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est l\u00e0 que sans perdre un instant, va commencer pour le marquis de Roys devenu civil, une nouvelle vie, celle du R\u00e9sistant :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n&rsquo;avait pu rejoindre l&rsquo;Angleterre, il continuera son combat de France. (1) Le chef comptable de l&rsquo;Escadron ROYS (2) Dans la nuit du 18 au 19, un millier d&rsquo;hommes \u00e9trangers \u00e0 la Cavalerie furent parqu\u00e9s dans le camp ; ces hommes \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement mal tenus, d\u00e9braill\u00e9s et ivres, ils pill\u00e8rent leurs camions dans la nuit (3) Logeais et Cavard apprirent en route l&rsquo;Armistice, ils se pr\u00e9sent\u00e8rent \u00e0 la gendarmerie qui les d\u00e9mobilisa et ils regagn\u00e8rent leurs foyers. Ennuyer fut repris dans la r\u00e9gion du Mans, il s&rsquo;\u00e9vada apr\u00e8s 8 jours de d\u00e9tention. (4) Rejoignirent Tarbes, d&rsquo;o\u00f9 ils me firent rendre compte (5) Atteignirent la zone libre (6) Le mat\u00e9riel parait neuf, les hommes jeunes et frais sont habill\u00e9s de neuf. <em>Pour information, ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans le N\u00b0 176 (Les premier article Le Soldat est paru dans le N\u00b0 175), Nouvelle s\u00e9rie Volume 8 du 2\u00b0 trimestre 2005,de la Revue des Amis de Moret et de sa r\u00e9gion. Il y est dot\u00e9 d&rsquo;une riche illustration avec photos et cartes g\u00e9ographiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les exemplaires de la revue sont disponibles \u00e0 l&rsquo;adresse postale des Amis de Moret :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les Amis de Moret et de sa R\u00e9gion<\/em> <em>H\u00f4tel de Ville de Moret<\/em> <em>Rue Grande<\/em> <em>77250 Moret sur Loing<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Asa, Novembre 2005, Indice 1<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Bataille du Nord, premi\u00e8re phase de l&rsquo;offensive allemande commenc\u00e9e le matin du 10 mai 1940 avec l&rsquo;op\u00e9ration du Luxembourg, devance l&rsquo;invasion de la Hollande et de la Belgique, o\u00f9 le corps de bataille de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise s&rsquo;est malencontreusement avanc\u00e9, permettant le succ\u00e8s des perc\u00e9es de Dinant et de Sedan. 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