Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes
Favorite de François Ier et bâtisseuse du Château Neuf de Challeau
Une jeunesse discrète, une ascension fulgurante
Anne de Pisseleu naît en 1508 à Heilly, en Picardie. Son éducation soignée la distingue très tôt : esprit vif, goût des lettres et aisance dans les cercles cultivés. Elle devient dame d’honneur de Louise de Savoie, mère du roi François Ier, ce qui la place dans l’entourage immédiat de la monarchie.
En 1526, François Ier, tout juste revenu de sa captivité en Espagne, la remarque. Anne a dix-huit ans : elle supplante la comtesse de Châteaubriant et devient favorite en titre. En 1534, le roi la marie à Jean IV de Brosse et la fait duchesse d’Étampes, l’élevant au sommet de la hiérarchie nobiliaire.
Une favorite cultivée et influente
Durant plus de vingt ans, Anne est l’une des figures dominantes de la cour. Elle protège les poètes et humanistes comme Clément Marot ou Bonaventure des Périers, et encourage les modes nouvelles venues d’Italie. Son influence politique, réelle mais contestée, l’associe parfois au parti réformateur, ce qui lui attire des inimitiés durables.
Au-delà des intrigues de cour, c’est dans la pierre qu’elle laisse son empreinte durable : le Château Neuf de Challeau, demeure de plaisance qu’elle fit ériger pour François Ier.
Le Château Neuf de Challeau : un projet royal (1543-1547)
En 1533, François Ier acquiert le fief de Beaumont-les-Challeau, à quelques kilomètres de Fontainebleau. En 1543, il charge sa favorite d’y édifier une résidence moderne. Anne de Pisseleu entreprend la construction du Château Neuf, conçu comme une « maison de plaisance bâtie à la moderne » selon l’expression du topographe Chastillon.
Le chantier progresse rapidement : inauguré vers 1547, peu avant la mort du roi, il devient un lieu d’intimité et de faste, où François Ier peut profiter d’un décor raffiné, loin de l’étiquette officielle.
Une architecture raffinée et novatrice
Les gravures de Jacques Androuet du Cerceau, publiées dans Les plus excellents bastiments de France (1576-1579), en livrent la description la plus précise :
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Plan : un quadrilatère régulier d’environ 50 m de côté, construit en grès local, reposant sur une terrasse surélevée.
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Organisation : quatre corps de logis entourant une cour intérieure carrée, percés de fenêtres à croisées.
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Toitures : à faible pente, ornées de lucarnes sculptées, traduisant le goût italien.
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Nord : un parc en hauteur, accessible par un pont de pierre de six mètres, directement relié au dernier étage.
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Sud : un grand bassin, théâtre de jeux nautiques, selon la tradition utilisé par François Ier pour y faire naviguer une galère miniature armée de canons.
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Est et Ouest : des jardins symétriques à la française, avec parterres géométriques et longues perspectives, intégrant parfaitement la demeure dans son environnement.
Du Cerceau n’hésite pas à classer Challeau parmi les « plus excellents bastiments de France », preuve de son prestige dans l’architecture de la Renaissance.
Après la duchesse : Le Charron, Caumartin et la Révolution
La mort de François Ier en 1547 entraîne la disgrâce immédiate d’Anne, écartée par Henri II et Diane de Poitiers. Retirée en Picardie, elle meurt en 1580, loin de son château.
Le domaine passe alors à la famille Le Charron, qui non seulement conserve le château mais en achève les travaux et l’aménagement des jardins, donnant à l’ensemble son plein éclat. C’est à cette époque que le château prend le nom de Saint Ange.
Plus tard, il échoit à la famille Caumartin, parlementaires et lettrés, qui l’entretiennent encore au XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Mais la Révolution française bouleverse l’ordre établi : le domaine est vendu comme bien national, puis démantelé à la fin du XVIIIᵉ siècle. Les matériaux sont dispersés, et l’édifice disparaît presque totalement.
Héritage et mémoire
Aujourd’hui, seuls des vestiges et les gravures d’Androuet du Cerceau permettent d’imaginer le faste du Château Neuf de Challeau. Mais son histoire incarne le destin des demeures de favorites : construites dans l’élan d’une passion royale, magnifiées par les familles qui les héritèrent, puis ruinées par le temps et les révolutions.
À travers Challeau, Anne de Pisseleu apparaît comme plus qu’une favorite : une femme de culture, de pouvoir et de vision, qui laissa son empreinte sur l’architecture française de la Renaissance. Si son nom reste attaché aux intrigues de cour, son château demeure le témoin silencieux d’une ambition partagée avec François Ier.